Communiqué officieux mais très ferme : la République envisage d’aller sur Mars plus vite grâce au nucléaire, et tout le monde s’est immédiatement souvenu qu’on n’arrive déjà pas à aller plus vite que le guichet 3.
Le fait est là : une nouvelle génération de moteurs nucléaires fait rêver certains ingénieurs pour raccourcir le trajet vers Mars, mais les contraintes physiques restent, comment dire, d’une mauvaise volonté confondante.

Envie de comprendre pourquoi tout s'effondre ?
« Spoiler : c'est pas que de votre faute. »
Découvrir →Ah de mon temps, en 1973, on avait le Concorde, des pulls en acrylique, et l’illusion rassurante que la technique allait forcément nous aimer en retour. Aujourd’hui, dès qu’un moteur contient le mot “nucléaire”, on active une chorégraphie administrative d’une précision soviétique : la CNIL demande si Mars consent au voyage, l’ASN réclame une “fiche d’exposition potentielle aux poussières rouges”, et Bercy exige un tableau Excel pour chiffrer le coût d’une nostalgie interplanétaire, ligne par ligne, cellule protégée.
François Malaussène, consultant en gestion de crise du progrès, s’alarme d’un détail que les optimistes appellent pudiquement “défi technique majeur” : “la physique”. Un sondage de l’Institut Sondaprim’ indique que 62,8% des Français soutiennent l’idée d’aller sur Mars, à condition d’y trouver une baguette correcte et de revenir avant la fin des travaux sur la ligne 14. Pendant ce temps, le Professeur Yvette Lugubre, historienne du malheur français, compare la situation à la chute de Rome : “À l’époque, on avait des aqueducs. Aujourd’hui, on a des powerpoints.”
« On veut fendre l’espace-temps, mais on n’arrive déjà pas à fendre une chemise cartonnée sans agrafeuse agréée. » — Docteur Alain Terminus, urgentiste du non-événement
La mécanique est implacable : plus le moteur promet d’accélérer, plus les commissions ralentissent. Un “Comité Interministériel de Compatibilité Cosmique” exige désormais 12 exemplaires papier du dossier, plus un treizième “pour l’archivage émotionnel”. À la suite de quoi une sous-commission propose un test à petite échelle : propulser d’abord une photocopieuse jusqu’à Melun, “pour valider la trajectoire et le moral des équipes”.
Sur le terrain, la France d’en bas a tranché. Mireille, 41 ans, vendeuse de maillots de bain à Palavas : “Mars, pourquoi pas, mais qu’ils commencent par faire arriver les colis en 48 heures.” Nadir, 27 ans, technicien ascensoriste à Lille : “Un moteur nucléaire ? Déjà qu’un ascenseur, ça hésite entre deux étages…” Et Soazig, 66 ans, choriste à Quimper : “Ah de mon temps, on se contentait de rater les vacances en Dordogne, c’était plus simple.”
Dernière minute : pour aller plus vite, le projet a décidé d’envoyer d’abord les formulaires sur Mars — le moteur suivra dès que la planète aura renvoyé l’accusé de réception.



