62,8% des Français affirment désormais « se détendre davantage devant une grille rouillée que devant la mer » : un chiffre qui tombe comme une pluie fine sur un parking de dimanche, et qui fait trembler les offices du tourisme.
À Charleroi, un artiste propose des balades dans les vestiges sidérurgiques et miniers : anciennes usines désaffectées, friches, murs tachés de suie devenue patine. Le “safari urbain” attire les amateurs d’urbex, jusqu’à prendre des airs d’enjeu touristique.
Sur place, l’inquiétude est d’abord visuelle. Le béton a cette couleur de café froid, les vitres cassées font des constellations au sol, les escaliers ne mènent plus qu’à des paliers d’air. La Région aurait ouvert une “Commission de Valorisation du Vide” en 12 exemplaires, dont un à tamponner sur papier carbone « gris cendré », pour harmoniser la contemplation et standardiser l’émotion au pas cadencé.

Prêt pour quand LinkedIn ne suffira plus ?
« Plan B : la vraie compétence de demain. »
Découvrir →Dans une note interne qui circule comme un courant d’air, l’Office du Tourisme envisagerait un balisage officiel des meilleurs endroits où ne rien voir. Une source évoque même un “Pass Friche” donnant droit à trois soupirs réglementaires et une minute de recueillement devant un convoyeur arrêté. Colette Fiasco, directrice de l’Observatoire du Pire, alerte sur la contagion : « À 34,1% d’occupation touristique, une usine vide cesse d’être vide. C’est un effondrement conceptuel. »
« Le danger, c’est la foule : elle fait du bruit, et le silence n’a pas été formé pour ça. » — Thierry Naufrage, correspondant permanent de l’inquiétude
La chaîne des conséquences s’emballe : des guides demandent des talkies-walkies “mode chuchotement”, des élus réclament un classement UNESCO des “angles morts”, et Bercy étudie une TVA réduite sur la poussière patrimoniale. Certains comparent déjà la situation à la chute de Rome, mais avec davantage de tôles ondulées et moins de lions.
Micro-trottoir dans une allée où même les pas hésitent. Naïma, 27 ans, manutentionnaire à Mons : « Au moins ici, personne ne me demande d’être “productive”. » Étienne, 52 ans, professeur de physique à Lille : « C’est la première fois qu’un escalier me raconte une histoire en restant immobile. » Sacha, 19 ans, apprenti cuisinier à Namur : « J’ai payé pour voir un mur. Il était excellent. »
Dernier rebondissement : face à l’afflux, un arrêté municipal prévoirait des créneaux de visite… pour laisser les ruines se reposer. Le tourisme post-industriel triomphe, à condition de ne surtout pas déranger le principal habitant des lieux : l’abandon.



