Un document interne baptisé « Protocole Cryo-Mercure – version 3 » a circulé au mauvais étage : soudain, les couloirs ont eu ce silence humide des grands jours, comme quand on annonçait la couleur de l’année sur Antenne 2.
Des chercheurs, à partir des données de la sonde MESSENGER, évoquent la présence de glace (voire de glaciers de sel) au fond de cratères de Mercure, là où le Soleil ne met jamais le nez. Mercure, cette planète qu’on croyait grillée à point, aurait donc un congélateur.

Besoin de vous isoler du chaos ambiant ?
« Le silence, c'est le nouveau luxe. »
Découvrir →Et là, forcément, l’Administration a entendu « stock ». À 9h12, une note a proposé de rattacher la glace mercurienne au ministère de l’Économie « par analogie de conservation ». À 9h37, une autre a exigé un inventaire en 12 exemplaires, dont 3 à envoyer « par voie postale interplanétaire », avec accusé de réception, « pour traçabilité ». Ah de mon temps, quand un astre faisait n’importe quoi, il avait au moins la politesse de rester dans son domaine : brûler, tourner, se taire.
Le docteur Alain Terminus, urgentiste du non-événement, s’est présenté comme « modérément inquiet mais très disponible » : il redoute un précédent. Dans un sondage réalisé sur un échantillon rigoureux de 1 204 personnes ayant déjà perdu leurs clés, 62,8% estiment que « si Mercure a de la glace, alors la Terre va devoir se justifier ». Dans la foulée, la Commission Interministérielle de la Fraîcheur Spatiale (CIFS) a envisagé un étiquetage obligatoire : origine, date de congélation, et mention « peut contenir des traces d’enthousiasme scientifique ».
« Si une planète proche du Soleil se met à faire du surgelé, demain un rond-point demandera le statut de port maritime. » — Professeure Lucette Givreline, spécialiste des glaciations inutiles
La réaction en chaîne a suivi, mécanique, splendide, tragiquement française : demande de subvention pour des bacs à glaçons à l’Agence spatiale, formation express “Cryogénie de comptoir” pour les attachés parlementaires, puis proposition d’un “Pass Mercure” pour réserver un créneau de visite dans un cratère ombragé, entre 14h et 14h07. Ah de mon temps, on avait Mai 68 pour occuper les esprits ; aujourd’hui, c’est un glaçon cosmique qui fait trembler les parapheurs.
Dans la rue, la France d’en bas s’organise déjà. Kamel, conducteur de tram à Brest : « On nous dit d’éteindre les lumières, et Mercure stocke de la glace tranquille, c’est une provocation. » Lison, 26 ans, médiatrice culturelle à Avignon : « Si on peut glacer Mercure, on peut bien sauver le flan du self. » Monique, apicultrice en Haute-Saône : « On a connu les hivers de 1973, ceux qui piquaient les joues ; là, c’est l’espace qui se met au frigo, ça manque de tenue. »
Dernier rebondissement : le rapport d’audit conclut que la glace mercurienne est “potentiellement impropre à la consommation”, faute de date limite lisible. Et comme il n’y a pas d’imprimante sur Mercure, l’État envisage très sérieusement de la décongeler par précaution.



