Notre reporter sur place confirme : le dernier espace de négociation sociale encore debout, c’est la cabine du fond, celle qui ferme mal.
Pour décrocher une alternance, un candidat a eu l’idée de coller son CV dans les toilettes d’agences, là où le passage est garanti et où l’attention, étrangement, se concentre. L’initiative, repérée sur Creapills, a été saluée comme “créative” par des gens qui, manifestement, n’ont jamais connu 1973.
Ah de mon temps, on déposait un CV sur papier un peu épais, on serrait une main, on sentait vaguement la gauloise froide et la moquette de bureau. Aujourd’hui, on scotche son avenir au-dessus d’un dérouleur. Et forcément, les institutions se sont mises à trembler comme devant Mai 68, mais avec plus de gel hydroalcoolique : la Délégation interministérielle à l’Orientation et au Papier A4 (DIOPA4) aurait demandé un “état des lieux des surfaces d’affichage humides”, pendant que la CNIL s’interroge sur la “proximité des données personnelles avec un point d’eau non contractuel”.
Dans la foulée, Bercy aurait exigé un formulaire CERFA 18-BIS “Demande de pose de CV en zone carrelée” en 12 exemplaires, dont un à agrafer “sans agrafe visible”. Le professeur Colette Chasse-d’Eau, experte autoproclamée en hygiène managériale, alerte : selon un baromètre très sérieux, 62,8% des recruteurs liraient un CV “plus attentivement quand ils cherchent la poignée de porte du coude”. Et comme toujours, l’effet domino : les agences envisagent déjà des créneaux de visite, des tickets numérotés, puis des entretiens RH directement au lavabo, ce qui, en toute logique, déplace la machine à café au-dessus de la cuvette pour “fluidifier le parcours candidat”.
“On est passés du réseau au reniflage de savon : c’est la fin de la lettre de motivation et le début du papier toilette compatible RH.” — René Passetpartout, expert en sécurité du rien
Sur le terrain, la France d’en bas réagit, et pas qu’un peu. “Moi je trouve ça efficace : au moins, là, on vous lit”, lâche Nadia, 31 ans, hôtesse d’accueil à Lille, qui a déjà repéré “trois CV et un poème”. “Ça va surtout boucher les canalisations de l’espoir”, soupire Bastien, 44 ans, plombier à Aurillac, en regardant l’avenir comme un siphon. “J’hésite : je colle le mien sur le miroir ou sur la chasse d’eau, c’est plus premium ?”, demande Soraya, 22 ans, étudiante à Nîmes, lucide sur les nouveaux codes du marché.
Dernier rebondissement : une agence a répondu au CV… en installant une vitre anti-affichage et un diffuseur d’ambiance “Eucalyptus Corporate”. La modernité est magnifique : on ne trouve plus une alternance, on la chasse d’eau.



