Selon un sondage que personne n’a demandé mais que tout le monde redoute, 62,8% des automobilistes se disent « moralement dépassés » par l’idée qu’un Code puisse résister neuf ans à un seul humain.
En Pologne, un candidat vient pourtant de l’emporter : après 139 tentatives étalées sur neuf ans, il a enfin obtenu son Code de la route, malgré un entraînement sur des logiciels incomplets et une facture totale de 1.800 euros. Une victoire, certes, mais une victoire qui sent le plastique chaud et la mise à jour jamais faite.
Ah de mon temps, en 1973, on apprenait le Code comme on apprenait la politesse : avec un livret, un surligneur, et cette peur saine de l’instituteur intérieur. Aujourd’hui, voilà donc un citoyen qui révise sur des logiciels « incomplets » — c’est-à-dire, dans la novlangue moderne, des outils qui oublient des panneaux comme certains oublient de dire bonjour. Dans la foulée, le ministère polonais des Transports aurait ouvert une « commission de cohérence signalétique » en 12 exemplaires, dont 11 pour agrafer des annexes et 1 pour pleurer discrètement.
La réaction en chaîne a démarré à une vitesse réglementaire : Bercy s’est autoconvoqué (par réflexe) pour chiffrer le risque de “contagion de la persévérance”. Un rapport interne évoque déjà une hausse de 18,6% des candidatures “longue durée” si la nouvelle franchit les frontières. Et à Bruxelles, des technocrates ont proposé un « permis à points émotionnels », afin de pénaliser non pas les fautes, mais l’obstination jugée “systémique”.
« À partir de 140 tentatives, ce n’est plus un examen : c’est une politique publique », alerte le professeur Stanislas Redoublement, spécialiste des formulaires qui reviennent.
Sur les plateaux, le docteur Alain Terminus, urgentiste du non-événement, réclame un protocole européen : un gilet jaune fluo remis dès la 50e tentative, et un suivi psychologique pour les panneaux “cédez le passage” oubliés. Pendant ce temps, l’Autorité de Régulation des Logiciels Pédagogiques (qui n’existait pas hier et existe trop aujourd’hui) menace d’interdire tout quiz ne comportant pas au moins trois questions sur la priorité à droite « par respect pour l’Histoire », comme si la chute de Rome avait commencé par un rond-point mal compris.
Dans la rue, les avis claquent comme des portières : « Neuf ans pour un Code, c’est une thèse », soupire Nora, factrice à Mulhouse. « À 139 tentatives, on connaît les réponses par amour, pas par apprentissage », grince Mathieu, carrossier à Saint-Brieuc. « Moi, j’ai raté deux fois et j’ai acheté un vélo : c’était plus simple que l’administration », tranche Fatou, infirmière à Clermont-Ferrand.
Et le plus cruel, c’est que le candidat a appris sa réussite sur un écran… avant de découvrir que l’examen avait été réformé la veille : le voilà déjà inscrit à la tentative n°140, section “trottinettes et tristesse”.



