Communiqué de bon sens tardif, et donc forcément inquiétant : puisqu’il devient plus simple de retrouver un personnage secondaire disparu en 1999 que de décrocher un rendez-vous de suivi banal, le pays s’autoriserait désormais à chercher son médecin traitant… dans la fiction, là où les blouses blanches poussent comme des champignons sur un scénario humide.
Le fait est d’une simplicité presque vexante : un guide “de série” propose d’orienter le public vers des médecins traitants imaginaires, disponibles, loquaces, et surtout dotés de cette qualité devenue folklorique, presque patrimoniale, qu’est l’acceptation de “nouveaux patients” sans soupirer comme une chaudière de 1978.
Mais l’idée, à peine lâchée dans l’air, a déclenché cette mécanique nationale bien connue, cette capacité à transformer un conseil de canapé en protocole : le ministère de la Santé aurait envisagé une “Convention Cadre de Continuité Narrative” permettant de rattacher administrativement chaque Français à un praticien de série, avec formulaire Cerfa 19-BIS en 12 exemplaires, attestation sur l’honneur de fidélité à la saison 3 et justificatif de visionnage récent. Dans un sondage dont la précision tient lieu de pansement, 62,8% des répondants auraient déclaré faire davantage confiance à un médecin qui “revient après la pub” qu’à un standard téléphonique qui “rappelle ultérieurement”.

Comment en est-on arrivé là, au juste ?
« 300 000 ans de mauvaises décisions expliqués. »
Découvrir →Sur le terrain, René Passetpartout, expert en sécurité du rien, évoque déjà les premiers effets secondaires : si les patients basculent vers les consultations scénarisées, les pharmacies auraient réclamé l’ordonnance en format “générique de fin”, les mutuelles auraient demandé une preuve de cliffhanger, et les ARS, débordées, auraient dû ouvrir une cellule “Suivi & Spoilers” pour éviter que l’on confonde une otite avec un retournement de saison.
« En France, on ne manque pas de médecins : on manque de scripts où ils acceptent les nouveaux patients. » — Dr Alain Terminus, urgentiste du non-événement
Dans ce glissement tranquille, presque élégant, l’administration aurait même envisagé une “téléconsultation par ellipse” : on envoie un SMS, la scène coupe, et l’on se retrouve guéri deux séquences plus tard, ce qui, historiquement, aurait fait rêver les salles d’attente des années 90, quand un stylo Bic et une revue froissée suffisaient à tenir debout la dignité d’un mardi matin.
Au micro-trottoir, l’adhésion est d’une sincérité fatiguée : « Si mon médecin de série meurt, au moins j’ai un spin-off », soupire Lila, 29 ans, cheffe de rayon à Saint-Brieuc. « Moi je veux un praticien qui dit “on va faire un petit bilan” sans me donner rendez-vous en 2031 », tranche Mounir, 41 ans, chauffeur VTC à Lyon. « Tant qu’il me prend entre deux scènes de tribunal, je signe », conclut Agathe, 57 ans, prof de clarinette à Foix.
Dernière précision, et elle a la froideur des évidences : le seul médecin vraiment disponible serait celui des séries médicales… mais il n’accepterait que les patients déjà abonnés, avec option “urgence” facturée en saison supplémentaire.



