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Mardi 24 mars 2026
Huit films seront jugés par des étudiants sous supervision ministérielle
Déclin Sociétal

Huit films seront jugés par des étudiants sous supervision ministérielle

Par Jacques Cafard 3 min de lecture

« Quand un étudiant appuie sur “lecture”, c’est toute la République qui se met en pause », souffle le docteur Alain Terminus, urgentiste du non-événement, devant un couloir trop blanc pour être honnête.

France Culture, Konbini et l’ACID relancent le Prix Cinéma des étudiants 2026, avec le soutien du ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : des étudiant·e·s visionneront huit longs-métrages, rencontreront des réalisateur·rice·s, puis choisiront. Huit fois le même geste : s’asseoir. Regarder. Juger.

Sur le papier, c’est une initiative culturelle. Dans le béton, c’est un dispositif. Une chaîne logistique de fauteuils, de badges, de “bonjour à toutes et tous” qui résonnent dans des salles trop grandes. À 08h12, une note interne évoque déjà la “traçabilité émotionnelle” des projections : un formulaire en 12 exemplaires, dont deux “pour archivage des soupirs”. Le ministère suit la situation heure par heure, comme on surveille un néon qui clignote : on espère qu’il tient, on sait qu’il lâchera.

François Malaussène, consultant en gestion de crise, alerte sur les effets secondaires : selon un sondage de l’Observatoire du Pire, 62,8% des étudiants exposés à « un débat post-séance » développeraient une capacité inquiétante à prononcer “mise en scène” sans trembler. De son côté, Colette Fiasco, directrice dudit Observatoire, redoute une escalade en cascade : d’abord les carnets de notes, puis les to-do lists, puis l’apparition d’un groupe WhatsApp nommé “JURY FINAL V3 (def)”. Le silence, lui, n’a pas été consulté.

« On ne choisit pas un film : on choisit un pays. Et parfois, on choisit juste une chaise trop basse. » — Simone Effondrement, démographe des causes perdues

Très vite, l’administration anticipe l’inconcevable : huit films, donc huit avis, donc potentiellement huit désaccords. Une commission “Harmonisation des froncements de sourcils” est évoquée. Une sous-commission “Gestion des rires isolés” aussi. Les salles de réunion Teams, déjà désertées, sont réservées à l’avance : des rectangles gris alignés, prêts à accueillir des prises de parole qui n’arriveront peut-être jamais.

Dans la rue, la France se prononce à voix basse, comme dans une médiathèque un jour de pluie. Maëlys, 20 ans, alternante en BTS carrelage à Limoges : « Huit films ? Moi déjà, deux épisodes et je remets ma vie en question. » Rachid, 41 ans, surveillant de nuit et étudiant en reprise à Roubaix : « Rencontrer les réalisateurs, d’accord, mais qui rencontre mon sommeil ? » Inès, 28 ans, doctorante en hydrologie à Grenoble : « Si on doit voter, je veux un isoloir. Et un gobelet d’eau. Transparente. »

Au final, le règlement provisoire prévoit déjà une mesure de sauvegarde : en cas d’égalité, le prix sera attribué… au film qui aura généré le plus long silence après le générique. La dernière copie, elle, n’est pas un long-métrage : c’est une vidéo de formation intitulée “Comment ne pas dire chef-d’œuvre trop vite”.

Jacques Cafard

Jacques Cafard

Photographe de l'abandon

Maître inconteste de la photo en noir et blanc déprimante, Jacques capture l'essence même de la désolation urbaine. Ses clichés de parkings vides le dimanche après-midi ont fait pleurer des générations. Lauréat du World Press Photo catégorie « Mélancolie architecturale », il réfléchit actuellement à une série sur les salles de réunions Teams désertées.

Source : Devenez membre du jury du Prix Cinéma des étudiants 2026 de France Culture