Depuis ce matin, une théorie explosive circule sur les réseaux sociaux : CNews, propriété de Vincent Bolloré et secrètement liée aux Rothschild, diffuserait des messages subliminaux pour conditionner les Français à accepter la vidéosurveillance généralisée. Le post, partagé plus de 57 000 fois, affirme que chaque reportage sur l’insécurité contient des images cachées incitant à renoncer à nos libertés. Une mécanique de manipulation si subtile qu’elle échapperait même aux journalistes de la chaîne.
Chaque sujet sur les cambriolages en province inclurait une micro-seconde d’écran noir avec le slogan « La sécurité avant tout » en lettres blanches.
Or, cette accusation, aussi spectaculaire soit-elle, repose sur une confusion entre critique médiatique et fantasme complotiste. Les enquêtes disponibles – Mediapart, Public Sénat, ou encore les mises en demeure de l’Arcom – documentent bien une orientation éditoriale sécuritaire et identitaire sur CNews, mais aucune ne mentionne de messages subliminaux. Le récit viral recycle une vieille recette : prendre une chaîne controversée, lui attribuer un pouvoir occulte, et ignorer soigneusement les faits qui dérangent.
Le mécanisme est d’une simplicité déconcertante. On part d’une critique légitime – l’influence de Bolloré sur le paysage médiatique –, on y superpose une théorie du complot impliquant les Rothschild, et on laisse les algorithmes amplifier le tout. Résultat : 57 000 engagements avant même que quiconque ne vérifie si ces fameuses images subliminales existent. Les faits, eux, sont moins flamboyants : CNews est régulièrement épinglée pour son traitement de l’actualité, mais personne n’a encore produit la moindre preuve d’une manipulation audiovisuelle. Une distinction qui, visiblement, n’a pas la même viralité qu’un bon vieux complot médiatique.
— Bernard Pradeau
Sources : CNews — Wikipédia, Enquête sur CNews, « matrice du projet d'extrême droite de Bolloré » (Mediapart), Dossier Cnews (Public Sénat), L'Arcom met en demeure CNews et annonce une veille sur le pluralisme (La Croix)



