En 73, on comptait les barils. En 2026, on compte les points lumineux. Même odeur de crise, mais avec moins de pétrole et plus de gens qui fixent le ciel la bouche ouverte.
Vendredi 1er mai au soir, des témoins en Belgique ont observé une « apparition »: une sorte de chapelet de lumières qui traverse le ciel. Intriguant deux minutes. Puis l’explication tombe, froide comme un comptoir à l’aube: des satellites, en série. Prolifération, qu’ils disent.
Et là, la mécanique nationale s’enclenche. Standard téléphonique saturé, voisins qui réveillent les voisins, et la moindre commune qui veut son comité de suivi. Le SPF Intérieur aurait reçu 1 742 signalements en une heure, dont 19 rédigés sur papier quadrillé « pour que ce soit plus officiel ». Bercy n’est pas concerné, mais ça l’a démangé: un « pré-rapport de pré-évaluation orbito-budgétaire » circule déjà, en 12 exemplaires, agrafés de travers.
François Malaussène, consultant en gestion de crise, a sorti son classeur: « 62,8% des témoins confondent encore un train dans le ciel avec une décision politique ». Et le docteur Philippe Angoisset, psychologue des masses, prévient du pire: la contagion du regard en l’air. Résultat immédiat: hausse de 21,4% des entorses du cou et pénurie de jumelles au rayon chasse-pêche-loisirs. Les compagnies aériennes réclament un couloir de politesse. Les astronomes amateurs exigent un droit au noir, comme un congé payé pour l’obscurité.
« On a laissé l’orbite devenir une rocade: bientôt, il faudra un disque bleu Crit’Air pour regarder la Grande Ourse. »
Sur le terrain, la France d’en bas version Belgique ne déçoit jamais. Mélanie, 29 ans, conductrice de tram à Charleroi: « Si ça continue, je vais valider les tickets au télescope. » Achille, 52 ans, artisan chocolatier à Namur: « Des lumières comme ça, c’est pas naturel. Ça donne envie de déclarer ses impôts. » Samira, 41 ans, prof de sciences à Liège: « Mes élèves pensent que c’est un DLC du ciel. J’ai demandé une réunion parents-satellites. »
Dernière minute: une commune du Brabant wallon prépare un arrêté imposant aux satellites de « baisser d’intensité après 22h ». Le ciel belge n’est pas perdu. Il est juste en train d’être réglementé.



