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Mardi 5 mai 2026
Un banc de harengs est pris pour un sous-marin sur un écran sonar
Fiasco Technologique

Un banc de harengs est pris pour un sous-marin sur un écran sonar

Par Jacques Cafard 3 min de lecture

Ça bippe. Ça clignote. Dans une salle beige qui sent la moquette humide et le café tiède, un point noir avance au ralenti, comme une mauvaise pensée qui aurait appris à nager.

Le fait est simple, presque humiliant: des bancs de harengs peuvent parfois être confondus avec des sous-marins par les instruments de détection. La mer, elle, ne s’excuse pas; elle continue, plate, silencieuse, très sûre d’elle.

Et pourtant, la mécanique administrative s’est mise à tourner avec la grâce d’une porte coupe-feu. Un “protocole de levée de doute” a été imprimé en 12 exemplaires, agrafé trop haut, puis relu à voix basse, comme on lit un constat d’huissier dans un couloir vide. Dans un sondage interne réalisé entre deux pauses déjeuner, 62,8% des opérateurs avouent avoir déjà “pris un poisson pour une intention”.

Le professeur Armand Sonarche, titulaire de la chaire de Bathymétrie Inquiète, décrit “un phénomène de masse compacte” et surtout “une détresse institutionnelle parfaitement audible”. Pendant ce temps, la Commission Interministérielle de la Forme Allongée (CIFA) exige un nuancier officiel des silhouettes marines, du “cigare stratégique” au “hareng collectif”. La France découvre la lenteur d’un banc: ce n’est pas une vitesse, c’est un dossier.

« Quand le hareng fait bloc, la République perd sa forme. » — Professeur Armand Sonarche

Les conséquences s’alignent, froides, comme des plots en béton devant une entrée d’immeuble: nouvelle formation express “Poissons vs. menaces”, achat de 48 surligneurs fluorescents “pour mieux voir le sombre”, et mise en place d’un numéro vert pour signaler toute “présence suspecte de bancs trop cohérents”. Dans certains ports, les marin-pêcheurs doivent désormais remplir une attestation sur l’honneur: “Je certifie n’être ni un sous-marin, ni un ensemble.” Le silence, lui, signe sans lire.

Sur le quai, la parole remonte par petites bulles. Rachid, 41 ans, agent portuaire à Sète: “On nous demande de distinguer l’angoisse du maquereau. On fait comme on peut.” Élodie, 29 ans, monitrice de plongée à Saint-Malo: “Un sous-marin, ça paie pas l’addition. Les harengs, non plus, mais au moins ils brillent.” Marcel, 53 ans, gérant d’un magasin de surgelés à Boulogne-sur-Mer: “Si c’est un hareng, qu’il vienne en rayon, qu’on arrête de fantasmer.”

Finalement, l’objet sombre s’est “dissous” au moment précis où quelqu’un a proposé une réunion de suivi. Le banc de harengs, lui, a été reclassé en “foule mobile non déclarée” — et convoqué pour un entretien individuel.

Jacques Cafard

Jacques Cafard

Photographe de l'abandon

Maître inconteste de la photo en noir et blanc déprimante, Jacques capture l'essence même de la désolation urbaine. Ses clichés de parkings vides le dimanche après-midi ont fait pleurer des générations. Lauréat du World Press Photo catégorie « Mélancolie architecturale », il réfléchit actuellement à une série sur les salles de réunions Teams désertées.

Source : Un sous-marin ? Non, un banc de hareng