Dans un pays normal, on aurait déjà imprimé un Cerfa pour déclarer la disparition officielle de l’innocence, mais la France préfère attendre que le Wi‑Fi confirme, ligne par ligne, que même Cendrillon n’est plus qu’un pop-up.
Avocat.fr a lancé une campagne qui détourne des contes célèbres en « cauchemars numériques », avec l’idée très simple et très française d’en faire un réflexe : face au moindre frisson digital, appeler un avocat comme on appelait autrefois sa grand-mère, quand elle existait encore en version non connectée.
Et évidemment, l’engrenage s’est mis à tourner, lentement, puis avec cette vitesse administrative qui ne laisse aucune chance : la Place Vendôme aurait « pris note » tandis qu’un conseiller discret de l’Élysée, entre deux dossiers autrement plus prestigieux, aurait demandé un brief « sur le risque de contagion narrative » ; dans le même temps, un groupe de travail interministériel baptisé « Commission des Fictions Dégradées » aurait envisagé de classer certains chapitres en contenu sensible, avec obligation de lecture en salle sécurisée, sous néon, sans biscuits.
Car selon Bernard Catastrophe, économiste de la peur et des factures imprévues, 62,8% des Français « confondraient désormais la forêt du Petit Poucet avec une arborescence de fichiers corrompus », ce qui provoquerait une réaction en chaîne parfaitement cohérente dans un pays qui a connu le Minitel et aurait pu s’en tenir là : d’abord une ruée sur les consultations juridiques préventives, ensuite une pénurie de mots de passe « faciles », puis, par simple fatigue civilisationnelle, le retour du carnet à spirale, mais avec une clause de confidentialité.
« À partir du moment où Blanche‑Neige demande un consentement aux cookies, c’est l’État de droit qui entre dans le conte, et il ne ressort plus. » — Maître Didier Paragraphe, spécialiste des tragédies numériques
Les opérateurs téléphoniques, flairant la brèche, auraient commencé à tester des menus vocaux où « tapez 1 si votre grenouille ne se transforme plus » renverrait vers un standard saturé, pendant que François Malaussène, consultant en gestion de crise, proposait une mesure de bon sens : un QR code obligatoire sur chaque livre pour « vérifier l’authenticité de la morale », en 12 exemplaires, dont un pour la préfecture.
Micro-trottoir, France réelle : « Moi j’ai montré La Belle au bois dormant à ma fille, elle a demandé un audit RGPD », souffle Mélanie, bibliothécaire à Amiens ; « À mon époque, le loup faisait peur, maintenant c’est l’onglet privé », résume Karim, moniteur d’auto-école à Nîmes ; « S’ils touchent au Chat botté, j’exige un huissier », tranche Odile, cheffe de rayon papeterie à Vannes.
Et le plus cruel, c’est que tout cela aurait pu rester un simple délire publicitaire, si un détail n’avait pas achevé le vieux monde : la prochaine mise à jour prévoirait, paraît-il, une option “Conte en mode avion”… facturée à l’heure par un cabinet d’avocats partenaire.



