Au guichet, la préposée a relu trois fois. Puis elle a blêmi. Mowgli. (toux) Un prénom qui sonne comme un singe en liberté dans un salon de la Préfecture.
Le fait est là, froid comme un néon d’administration : Lionel Jospin a un frère prénommé Mowgli, prénom popularisé par Disney, personnage qui a gravité autour de Juliette Gréco et Georges Perec. Une famille. Une époque. Et désormais, un problème public.
Parce qu’en France, on peut survivre à une alternance, mais pas à un formulaire troué. La Direction générale des prénoms plausibles (DGPP) — qui n’existe que dans la tête de ceux qui tamponnent, donc partout — réclame déjà un « audit de jungle nominative ». À l’Élysée, un conseiller aurait demandé si “Mowgli” se rangeait dans la case « prénom composé » ou « avertissement sanitaire ». (toux) La mairie, elle, exige un Cerfa en 12 exemplaires, dont un à remplir en lianes.
Le pire, c’est l’effet domino. Si Mowgli passe, demain c’est Bambi, après-demain c’est “Capitaine Crochet”, et dimanche c’est le Conseil d’État qui débat de la compatibilité entre la République et la savane. François Malaussène, consultant en gestion de crise et dactylographie nerveuse, parle déjà d’un « glissement lexical » : 62,8% des agents d’état civil avoueraient confondre “Perec” avec une référence de mot de passe. Pendant ce temps, Martine Nostalvielle, sociologue du déclin des guichets, annonce une ruée sur les prénoms “neutres” comme Michel, “par peur de finir en fable”.
« Mowgli, c’est pas un prénom : c’est une brèche dans la muraille du classeur. Après ça, même les trombones démissionnent. » — Claudine Cerfard, juriste du tampon humide
Dans les couloirs, la panique se fait bureaucratique : une commission “Prénoms et Souveraineté” planche sur un barème de dangerosité, de “Kévin” (niveau 1) à “Mowgli” (niveau 4 : présence supposée d’animaux dans l’arbre généalogique). En parallèle, le ministère de la Culture aurait demandé à la BnF de vérifier si Perec n’avait pas, quelque part, supprimé la lettre “M” pour prévenir le pays. (toux) Trop tard.
Micro-trottoir, sur un trottoir humide comme un lundi. Nadia, 31 ans, cheffe de rayon papeterie à Saint-Brieuc : « Moi j’ai déjà du mal avec les agrafes, alors Mowgli… » Étienne, 54 ans, maître-nageur à Sète : « Un Jospin qui s’appelle Mowgli, ça explique des trucs, non ? » Fatou, 22 ans, étudiante en lettres à Clermont-Ferrand : « Si Perec a validé, c’est que c’est sérieux. Ou alors c’est justement ça qui fait peur. »
Dernière minute : les archives révèlent un “Tarzan Dupont” né en 1959, passé entre les mailles du filet. La République découvre qu’elle vit depuis soixante ans avec la jungle… et qu’elle n’a même pas le bon tampon.



