« Il s’est excusé… alors qu’il n’avait rien dit. » Soupir d’une passante devant la machine à café d’une administration. Le genre de phrase qui donne des ulcères à la République. Et une quinte de toux au journalisme. Kof.
Les faits sont d’une sobriété clinique : le préfet de police Laurent Nuñez a présenté ses excuses après un discours qui, d’après plusieurs lectures, n’était pas islamophobe. Voilà. Un discours normal. Et derrière, l’excuse. Comme une cravate mise par-dessus un plâtre.
Évidemment, la mécanique institutionnelle s’est emballée. Place Beauvau, on parle déjà d’un « incident de neutralité verbale de niveau 2 ». Un document interne évoque la création d’un Formulaire Cerfa 19-NUANCE : 12 pages, trois copies, une agrafe obligatoire, et une case à cocher intitulée « Ai-je offensé quelqu’un par excès de prudence ? ». La Commission interministérielle de la Phrase Mal Interprétée (CIPMI) a demandé une reconstitution minute par minute, avec plan de salle, décibelmètre et expert en haussement de sourcil.
Le pire, c’est l’effet domino. L’Élysée suivrait « la tonalité » heure par heure. Les communicants, eux, ont déclenché le protocole “Pardon Préventif”, consistant à s’excuser dès le brouillon. Un sondage Institut Boussole indique que 62,8% des Français hésitent désormais à dire “bonjour” sans ajouter “si cela ne heurte personne, évidemment”. La Bourse, déjà fragile, verrait apparaître un nouveau produit : l’option “excuse rétroactive” à échéance 48 heures.
« Quand un haut fonctionnaire s’excuse d’être resté dans le cadre, c’est que le cadre est devenu une zone de guerre administrative. » — Pr. Aline Contrition, spécialiste des regrets inutiles
Sur le terrain, la France d’en bas s’étrangle. Malika, 39 ans, gérante d’un kebab à Saint-Brieuc : « Moi j’ai surtout besoin qu’on s’excuse du prix de l’électricité. » Théo, 22 ans, surveillant de collège à Clermont-Ferrand : « On va finir par faire des discours en mime. Au moins, personne ne pourra surinterpréter un participe passé. » Odette, 71 ans, bénévole au club de pétanque de Narbonne : « Avant, on s’excusait d’avoir fait une bêtise. Maintenant, c’est d’avoir évité la bêtise. C’est du grand art. »
Dernière minute : un groupe de travail planche sur une excuse officielle pour l’excuse, afin de ne pas froisser les partisans de la non-excuse. La République innove : bientôt, il faudra dire pardon avant même d’avoir pensé.



