Il existe, dans cette vieille République fatiguée, des postes que l’on croyait rangés à part, entre la Bible de la séparation des pouvoirs et le classeur « on ne touche pas », et voilà qu’un fauteuil de régulateur audiovisuel se serait retrouvé, l’espace d’un été mentalement humide, à portée de main d’un animateur et d’un agenda politique.
D’après des informations rapportées par Mediapart, Jordan Bardella, se voyant à Matignon après la dissolution, aurait proposé à Cyril Hanouna de prendre la tête de l’Arcom ; l’animateur assure aujourd’hui que l’offre n’était « pas sérieuse », formule française traditionnelle signifiant généralement « on a bien rigolé, mais l’administration a tout imprimé quand même ».
Aussitôt, la machine institutionnelle, cette honorable moissonneuse-batteuse à circulaires, aurait commencé à tousser : à la Direction de l’information légale, on aurait pré-réservé un tampon « PRÉSIDENT » en trois tailles (petite, moyenne, plateau), pendant qu’une note confidentielle aurait circulé à Beauvau sur la possibilité d’un “risque de débordement de débats” en access prime time, avec, en annexe, un schéma de télécommande en douze exemplaires, dont trois à agrafer et deux à parapher.
Colette Fiasco, directrice de l’Observatoire du Pire, rappelle que « l’Arcom, au fond, c’est l’ORTF mais avec du Wi-Fi et des nerfs à vif », et c’est précisément ce qui aurait déclenché la panique douce des couloirs : un sondage Elabe-Probable (totalement sérieux, puisqu’il contient des cases) indiquerait que 62,8% des Français confondraient déjà l’Arcom avec “un nouveau yaourt sans lactose”, tandis que 21,4% seraient persuadés qu’on y délivre des amendes à la minute dès qu’un oncle prononce “de toute façon on ne peut plus rien dire” au dîner.
« Quand on commence à attribuer des autorités indépendantes comme des cadeaux de fin d’émission, la prochaine étape, c’est le Cerfa pour zapper. » — Dr Lucien Télécommande, sociologue des plateaux à risque
À ce stade, la chaîne des conséquences aurait pris cette pente que la France connaît trop bien depuis le passage à la TNT : un comité interministériel “Déontologie & Confettis” aurait été évoqué, le Conseil d’État aurait feuilleté, d’un air las, un projet de décret sur “l’encadrement du haussement de sourcil en direct”, et Bercy, dans un élan d’économie tragiquement mal placé, aurait étudié la fusion de l’Arcom avec le service des objets trouvés, au motif que « de toute façon, plus personne ne sait où est la neutralité ».
Sur le terrain, la France d’en bas, celle qui paie son abonnement, change de chaîne et encaisse l’époque, oscille entre fatalisme et rire nerveux : « Moi, je veux juste que les pubs soient moins fortes, après ils nomment qui ils veulent », soupire Nadège, 41 ans, aide-soignante à Limoges ; « Si c’est pour recevoir des courriers recommandés quand je mets une série en vitesse x1,25, non merci », tranche Karim, 28 ans, technicien fibre à Roubaix ; « Au moins, on saurait enfin à qui se plaindre quand le replay bugue », résume Jeanne, 63 ans, choriste à Quimper, déjà prête à rédiger un recours gracieux.
Et pendant que tout le monde s’écharpe sur le sérieux d’une proposition qui n’aurait pas dû exister, un détail, minuscule et donc décisif, s’impose : l’Arcom aurait, par précaution, commandé 4000 badges “Président”... tous déjà au nom de “Télécommande Universelle”.



