Un communiqué interne fuitait ce matin : « l’infrastructure est opérationnelle ». Traduction : un cercle parfait a été livré au milieu de nulle part, et tout le monde fait semblant que c’est normal.
En Hongrie, un rond-point construit grâce à un financement européen d’environ 1,25 million d’euros est devenu viral parce qu’il se trouve en pleine campagne et ne mène… à rien. Pas une zone d’activité, pas une route stratégique, même pas une boulangerie pour donner un sens au sacrifice.

Envie de comprendre pourquoi tout s'effondre ?
« Spoiler : c'est pas que de votre faute. »
Découvrir →Dans les couloirs feutrés de Bruxelles, l’incident a aussitôt été classé en « dossier sensible à forte circularité ». Bercy (par solidarité paneuropéenne du grand n’importe quoi) réclame déjà un audit comparatif avec les ronds-points français « qui ne mènent nulle part, mais avec des jardinières ». Une commission ad hoc, le Comité de Suivi des Virages Inutiles, planche sur un formulaire en 12 exemplaires : le CERFA 0R-360, intitulé « Justification d’un sens giratoire sans destination ».
François Malaussène, consultant en gestion de crise et en gaspillage premium, dramatise : « Ce rond-point est un précédent. Si on peut construire du vide, on peut ensuite financer le vent, puis subventionner le silence. » D’après un baromètre IFOP (Institut Fantaisiste d’Orientation des Priorités), 62,8% des Européens se disent « prêts à tourner indéfiniment » tant qu’on leur promet un panneau marron et une inauguration.
« C’est une œuvre d’art administrative : un endroit où l’on arrive, où l’on hésite, puis où l’on repart exactement comme sa carrière. » — Mireille Rondologie, experte en mobilité immobile
Sur le terrain, l’escalade est déjà là : des influenceurs viennent filmer « la sortie 3 vers l’existence », des GPS font des burn-out, et un groupe WhatsApp baptisé “Sortie 2 : l’espoir” s’organise pour apporter des cônes de signalisation en soutien psychologique. La préfecture locale, prise de panique douce, envisage d’affecter un agent au rond-point pour « orienter les âmes égarées ».
Micro-trottoir, au bord du cercle : « On m’avait promis une route, j’ai eu un donut », souffle Lilla, 22 ans, étudiante en architecture à Szeged, venue “voir la légende”. « Ça me rassure : au moins, quelque chose est fini dans ce pays », tranche Gábor, 41 ans, chauffagiste, qui tourne une fois par principe. « C’est parfait pour apprendre à conduire : aucune tentation d’aller quelque part », résume Nadine, 56 ans, monitrice auto-école en vacances, visiblement émue.
Dernier rebondissement : l’Union européenne étudie déjà une extension du projet, avec un deuxième rond-point relié au premier… pour créer enfin une destination. Le progrès, c’est quand le néant trouve un ami.



