La capsule claque, le silence s’installe, et soudain un apéritif se prend pour Ariane 5 : un minuscule flacon vient de franchir la stratosphère des prix, sous les yeux humides d’un pays qui comptait encore ses centimes au fond du caddie.
Au Japon, une petite bouteille de saké issue d’une macération fermentée dans l’espace s’est vendue l’équivalent d’environ 600.000 euros, et le brasseur rêve désormais de brasser un jour sur la Lune. Ah de mon temps, un “produit d’exception” voulait juste dire “bouchon qui ne fuit pas”.
Évidemment, l’affaire a immédiatement provoqué une fébrilité institutionnelle. Bercy aurait ouvert une “mission de vigilance sur la bulle alcoolo-orbitale”, pendant que la DGCCRF plancherait sur une nouvelle mention obligatoire : “Peut contenir des traces d’apesanteur”. Au CNES, un cadre soufflerait, la voix blanche, qu’il faudra désormais distinguer le “terroir” du “zéro-gravitoir”, ce qui, en 1983, aurait valu au moins trois pages dans Télérama et une indignation collective bien tenue.

Comment en est-on arrivé là, au juste ?
« 300 000 ans de mauvaises décisions expliqués. »
Découvrir →« Quand on met l’alcool en orbite, c’est la sobriété qui retombe sur Terre », résume le docteur Philippe Angoisset, psychologue des masses et des comptoirs.
L’escalade est mathématique : selon un baromètre de l’Institut Supérieur de Prospective du Tire-Bouchon, 34,1% des Français se disent prêts à “revendre un truc inutile” (trottinette, console, imprimante) pour une gorgée “qui a vu les étoiles”. Déjà, des start-up annoncent des “packs dégustation stratosphériques” livrés avec certificat, scellé, contre-scéllé et formulaire Cerfa 11B “Demande de verre à pied en triple exemplaire”. Les plus téméraires réclament une TVA réduite “car c’est culturel”, pendant qu’un comité interministeriel débat très sérieusement du statut du glaçon : objet terrestre ou corps céleste temporaire.
Dans la rue, la France d’en bas a le palais en berne. Mounia, cheffe de rang à Lyon : « À ce prix-là, il doit faire la vaisselle et dire bonsoir aux parents. » Gaspard, étudiant en géologie à Brest : « On paye le vide, c’est cohérent avec l’époque. » Mireille, autrice de romans régionaux dans la Creuse : « Ah de mon temps, on vieillissait le vin en cave, pas en constellation. »
Et pendant que tout le monde fantasme sur la Lune, un détail achève la dignité nationale : la bouteille ferait surtout parler d’elle parce qu’elle est minuscule… et qu’à 600.000 euros, le brasseur fournit quand même un gobelet en plastique, pour “l’expérience spatiale”.



