« J’ai zoomé une fois… et j’ai entendu le bureau devenir plus silencieux que le parking du dimanche », souffle Kévin, 29 ans, technicien reprographie, les doigts encore crispés sur une souris tiède.
Un illustrateur a mis au point un principe simple et fatal : transformer un dessin en espace explorable à l’infini, où chaque zoom révèle un nouveau morceau de monde. Une image qui n’en finit plus de se laisser approcher, comme un trottoir mouillé qu’on n’atteint jamais.
ALERTE sur les open-spaces : les premières victimes ne crient pas, elles défilent. Écrans blafards, néons fatigués, gobelets en carton qui se refroidissent à côté d’un clavier. La molette tourne, tourne encore, et l’on glisse dans des couloirs de pixels comme dans des couloirs d’immeubles, béton nu, portes coupe-feu, aucune poignée qui rassure. La Direction générale de l’Administration du Temps Perdu (DGATP) annonce la création d’un « observatoire de la profondeur d’image » et recommande de remplir le formulaire Cerfa 14-ZOOM en 12 exemplaires avant toute curiosité prolongée.

Prêt pour quand LinkedIn ne suffira plus ?
« Plan B : la vraie compétence de demain. »
Découvrir →Sur les plateaux, les “spécialistes” s’avancent, veste sombre et regard humide. Pour le professeur Solange Bétonnier, urbaniste du numérique, « l’infini visuel reproduit l’angoisse des ronds-points mal éclairés ». De son côté, Docteur Alain Terminus, urgentiste du non-événement, évoque une pathologie nouvelle : la tendinite contemplative. Un sondage Flash-Panel affirme que 62,8% des Français ont déjà « vérifié un dernier détail » avant de perdre un quart d’après-midi, et que 21,4% ont parlé à leur molette « pour la calmer ».
« Ce n’est pas un jeu : c’est un couloir administratif où chaque zoom ouvre un nouveau guichet. » — Hubert Déconfiture, analyste politique du rien
La chaîne des conséquences, elle, est d’une précision horlogère : baisse de productivité, hausse du silence, disparition des blagues de machine à café, puis apparition de réunions Teams désertées “par absorption dans le dessin”. Certains services ont déjà instauré des “zones de dézoom” avec marquage au sol, rubalise et minuteur. À Bercy, une note interne évoque une “fragilisation des stocks nationaux de patins de souris” à hauteur de 34,1% d’ici la fin du trimestre.
Dans la rue, la France regarde ça comme on regarde une façade : longtemps, sans savoir pourquoi. Nadia, conductrice de tram à Strasbourg : « S’ils mettent ça dans les pubs, on ne repartira jamais du terminus. » Loïc, apprenti pâtissier à Quimper : « J’ai zoomé sur un croissant dessiné, j’ai raté mes vrais croissants. » Mireille, gardienne d’immeuble à Saint-Denis : « On dirait le hall B, mais en plus profond. Ça m’inquiète presque. »
Dernier rebondissement : l’illustrateur assure que l’exploration est “infinie”, mais l’administration a déjà prévu la fin… en envoyant une convocation. Motif : “absence injustifiée, l’agent étant officiellement parti chercher un détail”.


