Selon un sondage que personne n’a demandé, 62,8% des Français pensent qu’“un test”, c’est un truc qu’on fait en laboratoire, pas sur une départementale un mardi matin.
En Seine-et-Marne, un motard a été contrôlé à plus de 100 km/h au-dessus de la limitation, officiellement pour “tester sa moto”. Résultat : permis envolé, comme son sens des proportions.
À peine l’information sortie, les institutions ont fait ce qu’elles font le mieux : sur-réagir avec des tableaux Excel. La préfecture aurait activé une “procédure d’évaluation accélérée du motif de test”, nécessitant 12 pièces justificatives, dont une attestation sur l’honneur précisant la différence entre “tester” et “fuir la réalité”. En parallèle, la Délégation interministérielle à la Modération de la Poignée (DIMOP) plancherait sur un nouveau barème : au-delà de 30 km/h de dépassement, on parle d’infraction ; au-delà de 100, on parle de “projet de start-up”.
Pour éclairer le pays, Gérard Panikovsky, géopolitologue du quotidien, voit déjà “un glissement stratégique vers la micro-souveraineté du motard”, tandis que Lison Compte-Tours, experte en gouvernance routière, alerte sur l’effet domino : si un conducteur peut “tester”, demain un autre “évaluera” son klaxon à 3h du matin, puis un troisième “benchmarkera” son pot d’échappement contre le sommeil des riverains. La question n’est plus la vitesse. La question, c’est le vocabulaire.
“Le vrai dépassement, c’est celui de la novlangue : on ne roule plus trop vite, on fait de la R&D.” — Lison Compte-Tours
Et comme la France adore quantifier l’absurde, un rapport interne (tapé à 23h52 sur un ordinateur en fin de vie) estime que 34,1% des conducteurs ont déjà justifié une bêtise par un mot de trois lettres : “test”. Bercy envisagerait donc une contribution exceptionnelle sur l’innovation routière, payable en timbres fiscaux et en remords authentifiés. Les auto-écoles, elles, demandent un moratoire : leurs élèves confondent déjà “priorité à droite” et “droit à la priorité”.
Sur le terrain, l’émotion est à la hauteur du sujet, donc parfaitement disproportionnée. Nadir, moniteur d’auto-école à Angers : “On perd des permis, mais on perd surtout le français.” Chantal, coursière à vélo à Strasbourg : “Moi aussi je teste ma monture, mais le maximum que je dépasse, c’est un pigeon.” Étienne, clerc de notaire à Cholet : “S’il faut un acte authentique pour chaque accélération, on n’a pas fini.”
Dernier rebondissement : le motard aurait simplement voulu vérifier si l’aiguille du compteur pouvait “toucher le haut”. Mission accomplie. Prochaine étape annoncée : tester le freinage… mais uniquement quand il aura retrouvé un permis à freiner.



