Dans un pays normal, on aurait déjà inventé un permis de conduire pour éviter les baleines. Mais non. On improvise, comme d’habitude.
À San Francisco, un windsurfeur a percuté une baleine. Oui, une vraie. Pas une sculpture design, pas un yacht de start-up qui se prend pour Moby Dick : un mammifère marin, massif, très peu concerné par les sports de glisse.
Évidemment, la machine institutionnelle s’est mise en marche à la vitesse d’un fax qui surchauffe. La Garde côtière locale a évoqué une « situation en évolution » et a recommandé, dans une note sobrement paniquée, de « regarder devant soi » en zone cétacée. Pendant ce temps, une commission ad hoc baptisée “Comité de Prévention des Interactions Inopinées avec le Grand Vivant” a été annoncée, avec un premier objectif clair : produire un rapport de 214 pages expliquant comment éviter de rentrer dans une baleine. Spoiler : tourner.
Le professeur Lucien Écopeine, océanographe de l’angoisse utile, parle déjà d’un « choc civilisationnel ». Selon un sondage totalement sérieux réalisé auprès de 1 002 personnes qui n’étaient pas là, 62,8% des usagers de la baie surestiment leur capacité à freiner sur l’eau. Et 18,4% pensent encore que les baleines “se déplacent plutôt sur rendez-vous”.
« Le windsurf, c’est du bien-être… jusqu’au moment où la nature vous met un clignotant dans la figure. » — Dr Béatrice Cétaphobie, spécialiste des frayeurs flottantes
Les conséquences s’enchaînent avec l’élégance d’une réunion Zoom. Les assureurs demandent désormais si le contrat couvre “collision avec être mythique”. Une proposition de “radar à fanons” est à l’étude, financée par un partenariat public-privé et trois PowerPoint. Dans les ports, on réclame des passages piétons marins. Et un stage obligatoire “Baleine : angles morts et courtoisie” pourrait être imposé à tout pratiquant de planche, comme un Mai 68 mais avec des gilets de sauvetage.
Sur place, le peuple a tranché, comme toujours, avec une précision bouleversante. Lila, 29 ans, barista et philosophe à temps partiel : « On peut plus glisser tranquille, c’est devenu la jungle aquatique. » Nadir, 41 ans, livreur à vélo en vacances : « Moi je mets mon clignotant, la baleine elle met quoi ? » Et Colette, 67 ans, guide bénévole dans un aquarium : « La priorité, c’est à droite, sauf si c’est une baleine, là c’est à la baleine. C’est écrit nulle part, donc c’est vrai. »
Dernière mise à jour : la baleine, elle, n’a pas porté plainte. En revanche, le windsurfeur a déjà reçu un formulaire en 12 exemplaires pour “contact non programmé avec masse supérieure à 10 tonnes” — la mer est grande, mais l’administration nage mieux.



