Un homme a été interpellé avec un mannequin sur le siège passager. Voilà où en est l’humanité : même la solitude doit désormais remplir les conditions d’accès à la voie rapide.
Près de San Francisco, la police a arrêté un automobiliste qui avait installé un pantin à bord pour emprunter frauduleusement la voie réservée au covoiturage. Le mannequin, lui, n’a opposé aucune résistance, ce qui le place déjà au-dessus de 62,8% des débats télé du soir.
Ah de mon temps, on faisait la queue en silence, avec un thermos et une dignité qui tenait encore debout. Aujourd’hui, la dignité se commande en taille unique, articulée, avec un sourire moulé d’usine, et elle sert à gratter trois minutes sur un bouchon. Résultat : les autorités locales auraient transmis le dossier à une « unité de vérification des présences assises », pendant que des stagiaires remplissent le formulaire HOV-12B en douze exemplaires, dont un destiné au mannequin « pour signature ». On frôle le point de non-retour : si un pantin devient “copilote”, que restera-t-il aux vrais amis, ceux qui acceptaient de monter en R5 sans clim et sans faire de story ?
« Le mannequin est le nouveau faux-semblant national : il ne parle pas, mais il ment très bien », soupire le professeur Aimée Bouchonne, spécialiste des embouteillages existentiels.
Et l’escalade est mécaniquement absurde : une fois le principe validé, le marché s’emballe. Déjà, l’Observatoire du Trafic Intérieur (OTI) redoute une flambée des “passagers inertes” de 34,1% d’ici l’été, avec des options premium : perruque “manager pressé”, sac de sport “personne qui a une vie”, et même un “bébé factice” pour accéder à la file familiale des parkings. Bercy, qui ne rate jamais une innovation, envisagerait une taxation au kilo de silicone, tandis qu’une commission ad hoc planche sur la norme NF-PANTIN-2026 : rigidité minimale, regard vague réglementaire, absence d’opinions trop tranchées.
Dans la France d’en bas — et parfois aussi dans la voie de gauche — ça grince. Mina, 28 ans, conductrice de tram à Strasbourg : « Moi j’ai des vrais passagers, ils respirent et ils se plaignent, c’est ça le service public. » Gérald, 46 ans, apiculteur en Corrèze : « Un mannequin, ça ne met même pas son clignotant… donc en fait c’est crédible. » Nadia, 57 ans, libraire à Dunkerque : « En 1982, on covoiturait avec son voisin, pas avec un torse creux. »
Dernier rebondissement : le pantin aurait été verbalisé pour non-port de ceinture et “absence d’intention manifeste de partager les frais”. Ah de mon temps, au moins, même les imposteurs avaient la décence d’être vivants.



