« C’est un effondrement sémantique en talons : dès qu’on habille une expression, elle se venge ! » prévient le professeur Yvette Lugubre, historienne du malheur français, les deux mains crispées sur un Bescherelle.
Le fait est là, brut, glaçant : Jacquemus vient de lancer une nouvelle campagne mettant en scène des expressions françaises. Des images léchées, des tournures idiomatiques incarnées, et soudain un pays entier qui se demande si “donner sa langue au chat” impliquait un reçu.
Première conséquence : l’Académie française a convoqué une « commission d’urgence des locutions devenues trop visibles », avec compte rendu en 12 exemplaires et tampon humide obligatoire. Dans les couloirs, on murmure qu’un formulaire Cerfa provisoire (le 49-L, “Déclaration de métaphore sortie de son contexte”) aurait été testé sur un échantillon de 1 000 personnes : 62,8% auraient tenté d’exécuter une expression au sens littéral après avoir vu une photo, 18,4% “par réflexe citoyen”.
Le ministère de la Culture, lui, s’inquiète d’un “risque de contagion figurative” : si les marques commencent à illustrer “couper la poire en deux”, qui contrôlera les couteaux ? René Passetpartout, expert en sécurité du rien, réclame déjà un QR code sur chaque phrase : « On ne peut pas laisser n’importe qui “mettre la main à la pâte” sans charlotte. » À Bercy, une cellule “Stabilité des tournures” planche sur un bouclier tarifaire du dictionnaire, pendant que la DGCCRF inspecte les boulangeries après une hausse suspecte des demandes de “pain sur la planche”.
« Quand une marque met “prendre la mouche” en vitrine, la prochaine étape c’est “se prendre un râteau” en rayon jardinage. » — Docteur Philippe Angoisset, psychologue des masses
Sur le terrain, la réaction en chaîne est déjà d’une violence administrative rare : des DRH ont signalé une flambée de “poser un lapin” au bureau (des animaux, des excuses, des réunions annulées), les bibliothèques municipales ont instauré un quota de trois expressions par usager, et la SNCF étudie une signalétique spéciale pour éviter que les voyageurs “ratent le coche” en cherchant un vrai véhicule hippomobile sur le quai 7.
Micro-trottoir, France sous tension. Naïma, préparatrice en pharmacie à Roubaix : « On m’a demandé une pommade pour “avoir la gueule de bois”. J’ai répondu : ça dépend de l’essence. » Gaspard, moniteur d’escalade à Briançon : « Depuis la campagne, tout le monde veut “prendre de la hauteur”. J’ai des cadres sup’ suspendus à la falaise, c’est ingérable. » Élodie, cheffe de rang à Pointe-à-Pitre : « Un client a exigé qu’on “mette les petits plats dans les grands”. On a empilé les assiettes. Le serveur a disparu sous la porcelaine. »
Dernière minute : une contre-campagne serait en préparation pour “faire d’une pierre deux coups”, avec distribution de cailloux à l’entrée des magasins. La langue française, elle, a simplement demandé à être “laissée tranquille”… et un chat vient d’ouvrir un compte TikTok.



