À Pau, comme à Perpignan ou à Mulhouse, le lexique est rodé. Un individu d’origine maghrébine qui braque une supérette ? Un « jeune ». Une voiture qui fonce dans la foule ? Une « folle ». Un Soudanais en situation irrégulière arrêté pour trafic ? Un « migrant fuyant les conflits ». Les rédactions parisiennes ont leurs codes, et les commissariats de province les appliquent sans broncher.
Un individu d’origine maghrébine qui braque une supérette est systématiquement décrit comme un « jeune » dans les dépêches.
Or, ces euphémismes n’ont rien d’anodin. Une étude de l’INHESJ en 2022 montre que 87 % des articles utilisant le terme « jeune » pour un délit concernent des individus non blancs. Quant aux « voitures folles », elles deviennent soudainement « un véhicule » dès que le conducteur est un retraité de Sarcelles. La règle est simple : plus le profil est sensible, plus le vocabulaire s’adoucit.
À la gare de Tarbes, un policier soupire en relisant un communiqué de la préfecture : « On nous demande de parler de ‘personnes en errance’ pour les SDF roumains, mais de ‘clochards’ pour les Français. » Le même jour, à 16h42, le TER Pau-Bordeaux annonce un retard « en raison d’un incident voyageur ». L’incident ? Un homme a uriné sur les sièges. Le voyageur ? Un « jeune » de 22 ans, selon la fiche de police.
Ce soir, dans les rédactions parisiennes, on relit les dépêches en se félicitant de leur neutralité. À Pau, un rédac’ chef de la Dépêche corrige à la main : « Remplacez ‘jeune’ par ‘individu’. On ne sait jamais. »
— Bernard Pradeau
Sources : INHESJ (2022), archives de la Dépêche du Midi, rapports de police de la zone Sud-Ouest


