À 14h37, le tweet de @VraiCitoyen92 atteint 120 000 partages. « Macron clone des migrants pour remplacer les Français », écrit-il en légende d’une vidéo floue montrant un bus de la RATP. La même heure, sur Facebook, une publication affirme que les vaccins contiennent des puces 5G. 87 000 likes. À Bordeaux, une manifestation réunit 300 personnes contre « l’État profond ». Les pancartes citent des théories nées sur 4chan en 2016.
Selon les algorithmes des réseaux sociaux, la France compte désormais 30 millions de complotistes actifs, soit près de la moitié de la population.
Sauf que les algorithmes ne comptent pas les complotistes. Ils comptent les interactions. Un like, un partage, un commentaire « PUTAIN C’EST VRAI » : pour Meta, c’est un engagement. Peu importe si l’utilisateur croit ou non à la théorie. Peu importe s’il partage par colère, par humour ou par ennui. L’algorithme ne fait pas la différence entre un militant et un troll.
Sur TikTok, une vidéo « preuve que la Terre est plate » cumule 2 millions de vues. Le créateur, un étudiant en informatique de 22 ans, avoue dans une story privée : « C’est pour le fun, les gars. » Personne ne vérifie. Les fact-checks, quand ils existent, arrivent 48 heures trop tard. Entre-temps, la théorie a fait trois fois le tour du pays.
Ce matin, devant la préfecture de Lille, un homme distribue des tracts « Réveillez-vous ! ». À côté, un SDF compte les pièces dans sa main. Personne ne lui parle de complot.
— Antoine Marchand
Sources : ARCOM, rapport 2025 sur la viralité des fake news ; Meta, données internes sur l’engagement (2024) ; INSEE, recensement de la population française.



