Un communiqué du ministère de la Culture vient de tomber : « dispositif d’accompagnement renforcé » pour un Américain qui ose, à Cannes, tenir une caméra comme si c’était un cabas. Ah de mon temps, on changeait d’avis, pas de métier !
John Travolta présentera au Festival de Cannes (du 12 au 23 mai) son premier long-métrage en tant que réalisateur, un film annoncé comme le voyage haut en couleur d’un enfant en plein âge. Une phrase innocente, et pourtant un frisson administratif a parcouru la Croisette comme un courant d’air dans une salle d’art et essai de 1984.
Dès l’annonce, le CNC aurait activé une « Procédure Première Fois Tardive » : dossier en 12 exemplaires, agrafage réglementaire, et surtout une attestation sur l’honneur certifiant que “réaliser” ne signifie pas “improviser” (ce pays a des principes). La préfecture des Alpes-Maritimes, elle, prépare déjà un arrêté sur la largeur minimale des sourires lors des montées des marches, afin d’éviter tout débordement de nostalgie capillaire. Martine Nostalvielle se souvient de 1973 : on montait les marches avec un manteau, une honte discrète et une opinion nuancée. Aujourd’hui, on arrive avec un storyboard et des chaussures blanches.
« Quand un acteur devient réalisateur, ce n’est pas un film qui naît : c’est une paperasse qui se reproduit », soupire le professeur Yvette Lugubre, historienne du malheur culturel.
À l’Élysée, un conseiller « images et conséquences » aurait réclamé une simulation : si un iconique se met à filmer, combien de Français se croiront autorisés à “raconter une histoire” après 19h ? L’institut Sondâges & Soupirs avance déjà un chiffre inquiétant : 62,8% des spectateurs redoutent de devoir, à la machine à café, feindre d’avoir un avis sur la “mise en scène”. Pendant ce temps, Bercy étudie une requalification du mot “voyage” en “mobilité culturelle non essentielle”, ce qui déclencherait automatiquement un comité interministériel sur le transport des émotions.
Sur place, la parole populaire tremble, mais avec élégance. Nadia, cheffe de rang à Cannes, tranche : « S’il réalise, qui va rester pour danser ? » Malo, projectionniste à Quimper, est déjà à bout : « On va encore me demander si c’est du cinéma… alors que je règle juste le son. » Aïcha, bibliothécaire à Saint-Étienne, hausse les épaules : « Ah de mon temps… enfin, de celui de mes parents, on lisait le résumé et ça suffisait. »
Dernier rebondissement : la “commission spéciale” ne porte pas sur le film, mais sur la gestion des files d’attente, désormais considérées comme une œuvre à part entière. Et le premier plan du long-métrage serait, finalement, un enfant… qui cherche son siège pendant 97 minutes, sous les applaudissements réglementaires.



