Selon nos informations exclusives, une station-service Carrefour de Breuillet, près de Paris, a affiché l’essence à 1 centime le litre après une simple erreur de saisie. Une broutille, diront les naïfs. Mais jeudi, la France a brièvement entrevu un monde sans repères : des automobilistes ont afflué en masse pour faire le plein, certains allant jusqu’à remplir des jerricans, comme si l’économie mondiale dépendait de leur coffre de Twingo.
Rapidement, la situation a dépassé le cadre du “petit bug” pour entrer dans celui, beaucoup plus solennel, de la crise existentielle. « J’ai vu un monsieur faire demi-tour sur un rond-point juste pour gagner deux places », témoigne Patrick, 54 ans, “expert” autoproclamé en trajectoires approximatives. « À ce moment-là, j’ai compris qu’on avait franchi une ligne rouge. » Sur place, des témoins affirment avoir assisté à des scènes de solidarité jamais observées depuis au moins mardi dernier : un automobiliste aurait prêté un entonnoir à un inconnu, sans même demander de justificatif de domicile.
Les chiffres donnent le vertige. D’après un sondage ToutVaMal.fr réalisé auprès de 12 personnes coincées dans la file, 83,7% des Français se disent “prêts à refaire le plein même s’ils ont fait le plein hier”, et 41,2% envisagent désormais une reconversion professionnelle en “gardien de pompe”. « Pour 37 centimes, j’ai rempli le réservoir, deux bidons, et par principe un arrosoir », assume Sandrine, consultante en optimisation du bonheur sur LinkedIn. « On ne sait jamais. Une pelouse peut aussi connaître la précarité. »
« À 1 centime, j’ai acheté du carburant comme on achète des yaourts en promo : sans réfléchir, avec de la peur dans les yeux. »
En coulisses, les spécialistes alertent sur la propagation d’une nouvelle pratique à haut risque : la “thésaurisation liquide”. Un cadre, sous couvert d’anonymat car il a “un cousin qui travaille dans un tableur”, explique : « Si les Français découvrent que les chiffres peuvent être faux, que restera-t-il de l’autorité ? Aujourd’hui un prix, demain l’heure de fermeture, et après-demain… le sens de la file d’attente. » Des riverains rapportent même l’apparition d’un marché parallèle de jerricans “premium”, échangés contre des services de haute valeur stratégique comme “garder une place” ou “dire quand ça avance”.
La station a finalement corrigé l’affichage, rétablissant un prix normal et donc l’ordre républicain. Mais le traumatisme demeure : plusieurs automobilistes ont été vus repartant avec un plein… et un sentiment de vide. Une cellule psychologique serait en préparation pour accompagner ceux qui ont réalisé, trop tard, qu’ils n’avaient pas de jerrican et qu’ils avaient rempli une bouteille de lave-glace « pour ne pas repartir les mains vides ».


