« Je venais juste pour un vol de 9h15 et me voilà en train de demander pardon à un chat de quatre mètres », souffle un voyageur, regard vide, valise déjà résignée à vieillir ici.
À l’aéroport international de Hong Kong, une installation monumentale et interactive en forme de chat accueille désormais les passagers, un dispositif conçu pour divertir, guider et, accessoirement, rappeler à chacun que le progrès, autrefois une promesse de fluidité, s’est transformé en expérience immersive où l’on ne sait plus très bien si l’on prend l’avion ou si l’on participe à une audition pour comédie absurde.
Car à peine le félin géant a-t-il commencé à répondre aux gestes, aux voix et aux regards, que la mécanique aeroportuaire — jadis froide, efficace, presque militaire comme au temps mythifié où l’on pouvait traverser un terminal sans être scanné par une machine qui tousse — se serait mise à tousser autrement : selon une note interne officieuse mais tristement crédible, 62,8% des passagers auraient tenté de “dire bonjour” au chat avant d’avoir localisé leur porte, entraînant une micro-désynchronisation des flux, puis une macro-errance collective, et enfin cette chose que l’on croyait réservée à Mai 68, à savoir des attroupements spontanés, mais cette fois devant une moustache en pixels.

Prêt pour quand LinkedIn ne suffira plus ?
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Découvrir →« Un objet interactif qui répond, c’est déjà un service public : bientôt il faudra lui déposer une réclamation en recommandé. » — Huguette Formulaire, consultante en contentieux du quotidien
Dans la foulée, la Direction des Opérations Aériennes et des Situations Incompréhensibles (DOASI) aurait envisagé un protocole provisoire “FELIN-1”, consistant à matérialiser au sol un couloir de non-caresses, pendant qu’un groupe de travail, composé de trois juristes, deux ergonomes et d’un spécialiste autoproclamé du “ronron décisionnel”, le professeur Octave Grincement, planche déjà sur un formulaire en 12 exemplaires afin de déterminer si l’installation doit être considérée comme mobilier, agent d’accueil ou, hypothèse redoutée, “influenceur de trajectoires”. Conséquence immédiate : les boutiques duty-free auraient réorganisé leurs rayons pour vendre des bouchons d’oreilles “anti-miaou”, les compagnies auraient testé des annonces du type “embarquement immédiat, sauf pour ceux qui font une photo avec le chat”, et l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale, qu’on a connue plus discrète, suivrait l’affaire heure par heure, comme on surveille un pot de yaourt dont la date est passée depuis le siècle dernier.
Sur place, la parole est aussi simple que fatiguée : « Moi je suis cheffe de rang à Brest, je voulais juste un café, j’ai fini à demander l’autorisation au chat de passer », lâche Maëlys, 31 ans. « À Lyon, on a déjà des bornes qui bipent, maintenant on aura des chats qui jugent », grince Sofiane, 44 ans, agent de maintenance en escale. « Je suis étudiant à Limoges, j’ai raté mon vol mais j’ai gagné une vidéo de 8 secondes où il cligne des yeux, donc c’est… équilibré, j’imagine », soupire Naoki, 19 ans, en transit, philosophiquement vaincu.
Et pendant que certains réclament une signalétique, d’autres une commission, et quelques nostalgiques une simple affiche papier comme en 1994, on apprend que le chat, lui, aurait été paramétré pour “répondre à l’affluence” : plus la foule s’agglutine, plus il miaule… ce qui, dans un aéroport, revient à installer un mégaphone qui appelle les gens à se rapprocher du mégaphone.



