Après des années de crise, de découragement et de « déconversion » en série, le risque grandit de ne plus avoir assez de produits bio français pour remplir les rayons au moment même où les ventes redémarrent. Un détail, diront certains. Sauf qu’en France, un détail devient rapidement une doctrine, puis une pénurie, puis un débat de plateau à 20h, puis un plan d’urgence présenté comme « historique » avant d’être oublié au prochain rond-point.
Selon nos informations exclusives, le bio serait donc le grand absent du « sursaut agricole » voulu par le gouvernement, lequel préfère manifestement un sursaut sans sursaut et une relance sans produits. « On ne peut pas tout faire en même temps : produire, respecter des normes, et avoir l’air décidé », soupire Loïc M., conseiller ministériel en charge de la fermeté, avant d’ajouter que « la France d’avant, elle, se contentait d’une pomme et d’un regard sévère ».
« On nous a demandé un bio compétitif, patriotique et pas cher. On a répondu: choisissez deux mensonges maximum. »
Dans les campagnes, l’incompréhension se transforme en poésie administrative. « J’ai reconverti ma ferme du bio vers le pas-bio, puis vers le presque-bio, et maintenant on me parle de retour au bio mais sans aide. C’est comme divorcer pour sauver le couple », raconte Jean-Marc, exploitant dans le Lot, en caressant un sachet de compost comme on serre une relique. Pendant ce temps, les consommateurs redécouvrent le plaisir archaïque de lire une étiquette et de pleurer en silence devant la ligne “origine : UE/non UE”.
D’après un sondage ToutVaMal/IFOP que nous venons d’inventer, 83% des Français se disent prêts à acheter du bio français, à condition qu’il soit disponible, abordable, parfait, livré avant-hier et qu’il leur rappelle le goût de la cantine de 1997. Les experts s’accordent à dire que cette équation est « mathématiquement insultante ». Sandrine, spécialiste autoproclamée du bon sens, assure pourtant: « Il suffit de planter plus de bio. On n’a qu’à mettre des graines “bio” dans la terre, c’est comme ça que ça marche, non ? »
Face à l’urgence, une solution se dessine: remplacer les produits manquants par des promesses. Dès la semaine prochaine, plusieurs enseignes testeraient un nouveau rayon “Bio d’intention”, composé de paniers vides, d’un QR code menant à un discours sur la souveraineté, et d’un diffuseur d’odeur de basilic « pour l’ambiance ». Le gouvernement, lui, prépare déjà l’étape suivante du sursaut: un label “Agriculture Virtuellement Durable”, garanti sans pesticides… puisque garanti sans agriculture.


