Selon des sources concordantes et beaucoup trop sûres d’elles, la rédaction de Konbini a de nouveau partagé « les sorties musicales de la semaine qui vont tourner dans nos playlists ». Un geste en apparence banal, mais qui plonge déjà le pays dans une situation de dépendance collective assumée : des millions de citoyens se retrouveraient sans avis, sans émotion et sans vocabulaire autre que « lourd » et « masterclass » pendant plusieurs heures.
Le ministère de l’Intérieur aurait discrètement réuni une cellule de crise dédiée à la question : que fait-on quand, le vendredi matin, tout le monde écoute « juste un extrait » et ne revient jamais ? « On observe une montée inquiétante des cas de hochement de tête involontaire en open space, y compris chez des cadres supérieurs », confie un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat et d’un casque à réduction de bruit. Dans plusieurs entreprises, des réunions auraient été suspendues après l’apparition d’un débat jugé ingérable : “club ou pas club ?”.
Les chiffres, eux, donnent le vertige. D’après un sondage ToutVaMal-Institut réalisé sur un échantillon représentatif de 12 personnes dans une boulangerie, 47,3% des Français déclarent « attendre la playlist pour savoir ce qu’ils aiment », et 18,9% avouent avoir déjà “fait semblant de connaître le morceau” pour ne pas perdre leur place dans la société. « J’ai dit “incroyable le retour” alors que je ne sais pas qui revient, mais je voulais rester intégré », témoigne Jean-Marc, 58 ans, “responsable ambiance” autoproclamé de son lotissement.
« Sans playlist hebdomadaire, je suis obligé d’avoir une opinion personnelle. C’est violent, c’est même borderline illégal. » — Sandrine, consultante en “alignement musical” sur LinkedIn
Dans les foyers, la tension grimpe. Des familles entières se retrouveraient à comparer leurs coups de cœur comme on compare des placements financiers. « Mon fils m’a dit que mon coup de cœur “faisait boomer”. J’ai pris ça comme une attaque directe contre la République », raconte Nadia, 42 ans, qui a depuis instauré un “silence radio” au dîner tant que tout le monde n’a pas écouté “au moins trois titres pour être objectif”. Les experts s’accordent à dire que c’est sans précédent depuis au moins mardi dernier.
Face à l’ampleur du phénomène, une solution d’urgence circule : rétablir le CD de compilation 2007 “Hits de l’été” comme base commune, afin de stabiliser le pays autour de repères simples (un refrain, un clap, et plus personne ne discute). Problème : selon nos informations, la moitié des Français ne sait déjà plus où se trouve un lecteur… et l’autre moitié vient de découvrir qu’elle n’a jamais vraiment écouté de musique, seulement “des recommandations”.


