Un sondage local, griffonné au comptoir d’un café qui n’ouvre plus que le mardi, annonce que 62,8% des Français se sentent désormais "dépourvus de jambes administratives".
Dimanche à Pékin, des robots humanoïdes ont battu des humains sur un semi-marathon, pulvérisant le record et rappelant, avec la délicatesse d’un tractopelle dans une boutique de porcelaine, que la course n’est plus seulement une affaire de souffle.
Dans les couloirs feutrés où l’on classe les inquiétudes par chemises cartonnées, la nouvelle a déclenché une agitation qu’on n’avait pas vue depuis l’arrivée des caisses automatiques au Super U. Un « comité interministériel du mollet » a été évoqué, avec formulaire Cerfa en 12 exemplaires pour déclarer toute sensation de honte à l’effort. À Bercy, une note interne propose de requalifier le jogging en « activité concurrentielle sensible », au même rang que la baguette tradition et la place de stationnement devant la pharmacie.
Sur le terrain, les conséquences s’enchaînent, comme les volets qu’on ferme un à un dans les rues trop calmes. François Malaussène, consultant en gestion de crise, prévient d’un ton de fin de vendanges : si le robot gagne, le bénévole perd. À l’entendre, la prochaine étape serait l’automatisation des ravitaillements, puis l’extinction pure et simple des tranches d’orange, et enfin la disparition du dernier klaxon d’encouragement dans les zones périurbaines. Dans une comparaison dont il a le secret, la démographe Simone Effondrement évoque « une chute de Rome, mais en short technique ».
« Le vrai danger, ce n’est pas qu’un robot aille plus vite : c’est qu’il ne demande jamais où est le départ. » — Docteur Philippe Angoisset, psychologue des masses
Le ministère des Sports, déjà débordé par la gestion des médailles en carton des courses de village, envisagerait une « charte de cohabitation anthropo-mécanique » : dossards distincts, sas de départ séparés, et formation obligatoire des robots au salut de fin de course, pour éviter l’humiliation silencieuse des humains qui s’étirent en faisant semblant. Un chiffre circule : 34,1% des organisateurs redoutent que, d’ici 2028, les robots n’exigent un ravitaillement en huile 10W40 et une remise de prix en boulons dorés.
Sur la place d’un bourg où l’ancienne boulangerie tient encore debout par habitude, la parole monte, simple et lourde. Nadège, 41 ans, kiné à Saint-Flour : « Si le robot gagne, moi je fais quoi, je masse des roulements à billes ? » Rachid, 26 ans, livreur à vélo à Limoges : « Moi je cours déjà après le temps. Eux, ils courent après une mise à jour. » Émile, 68 ans, ancien président d’un club de marche à Bletterans : « Avant, on perdait contre soi-même. Maintenant, on perd contre une prise USB. »
Et pendant que les humains se promettent de “s’y remettre lundi”, une rumeur finit de plomber l’ambiance : à Pékin, le robot vainqueur aurait demandé sa médaille… en double, pour la laisser à l’imprimante 3D qui l’a motivé.



