« Là-haut, même les petits nageurs font demi-tour. C’est dire l’état du pays. » souffle un technicien blême, comme s’il venait d’apprendre que le café est décaféiné.
Une étude récente, avec des expériences simulant la fécondation en microgravité, montre que les spermatozoïdes galèrent à trouver l’ovule, avec moins de réussite et un risque plus élevé d’anomalies de développement. Une information discrète. Donc forcément explosive.
Dans les couloirs, ça tousse sec. Le Centre national d’études spatiales a sorti le classeur gris. Celui des jours sombres. Réunion “interservices” à 07h12, badge obligatoire, stylo noir uniquement. Le dossier a déjà un acronyme : PPNO, “Programme de Procréation en Norme Orbitale”. Personne ne sait ce que ça veut dire. Mais tout le monde signe.
Le professeur Lucien Biberonpique, expert autoproclamé en “cinétique reproductive en milieu flottant”, prévient d’une voix de comptable des catastrophes : sans gravité, “le vivant perd ses repères”. Un sondage interne, très sérieux, affirme que 62,8% des Français imaginent désormais des bébés qui naissent en rotation lente, comme des poulets sur rôtissoire. BFM-Science prépare un duplex. CNews demande un bandeau rouge. Et pendant ce temps-là, la paperasse s’épaissit.
« Sans gravité, ce n’est plus une fécondation, c’est une chasse au trésor sans carte. » — Prof. Lucien Biberonpique
Conséquence immédiate : création d’une commission de “Recalibrage Directionnel des Gamètes”. Douze sous-commissions. Trois groupes WhatsApp. Un formulaire CERFA en 14 exemplaires, dont un à renvoyer en apesanteur. François Malaussène, consultant en gestion de crise, propose un “stage de remise à niveau” pour spermatozoïdes, avec modules “orientation”, “priorisation” et “respect des délais”. La Défense s’intéresse au sujet : si même eux se perdent, que dire des drones. La chaîne des absurdités est lancée. Elle ne s’arrêtera plus.
Dans la rue, la France d’en bas a déjà tranché. Inès, 29 ans, barista à Clermont-Ferrand : « On n’arrive déjà pas à se retrouver en terrasse, alors dans l’espace… » Hervé, 52 ans, contrôleur qualité en plasturgie à Oyonnax : « Qu’on commence par faire des notices IKEA qui tiennent debout, après on fera des bébés en orbite. » Sacha, 19 ans, alternant en maintenance d’ascenseur à Saint-Brieuc : « Moi je dis, mettez une boussole. Simple. »
Et puis le détail qui tue, celui qu’on garde pour la fin : l’étude suggère que la microgravité perturbe la trajectoire. Alors l’administration a proposé une solution “robuste”. Une flèche au sol. En apesanteur. Voilà où on en est.



