« Quand un pays commence à conjuguer le bien-être au niveau des coudes, c’est qu’il a officiellement perdu l’intrigue. » prévient déjà le Professeur Yvette Lugubre, historienne du malheur français, l’œil humide et le café froid.
Le fait est là, brut, implacable : une campagne de communication utilise des bras, des lèvres et divers morceaux d’humanité pour former des lettres, histoire de parler de bien-être. Des corps qui deviennent typographie. Une police de caractère en chair. Voilà.
Et comme il faut bien que l’administration existe, la Direction générale de la Prévention du Flou (DGPF) a saisi un « comité de lisibilité organique » en 12 exemplaires, dont 4 à agrafer, 3 à signer, et 1 à contempler en silence. Objectif : déterminer si un genou en forme de “K” relève de l’art, de la kiné, ou d’une tentative de renversement de la grammaire républicaine.
Premier effet domino : les DRH s’y mettent. Dans plusieurs entreprises, les réunions du lundi commencent par un “échauffement orthographique” où l’équipe marketing forme le mot “ZEN” avec les hanches pendant que la compta fait “BUDGET” en position assise (parce que tout le monde n’a pas la souplesse du capitalisme). Selon un sondage de l’Institut Bâillement & Prospective, 62,8% des Français se disent « favorables » à cette tendance, à condition qu’on n’exige pas d’eux la lettre “W” avant 9h.
« On passe d’une société de l’écrit à une civilisation du “je me plie donc je suis”. C’est Mai 68, mais avec des ischio-jambiers. » — Dr Philippe Angoisset, psychologue des masses
Deuxième effet domino : l’Éducation nationale, vexée d’être dépassée par une campagne pub, envisage un programme pilote : dictées en Pilates, bac philo en alphabet corporel, et brevet des collèges validé par un “S” réussi sans craquement. René Passetpartout, expert en sécurité du rien, alerte déjà sur un risque majeur : la contrefaçon. « Un “E” mal exécuté peut devenir un “F”. Et là, c’est tout le pays qui redouble. »
Sur le terrain, la France réagit avec sa poésie habituelle. Maëlys, 28 ans, graphiste à Brest : « C’est super, mais si on me demande de faire “BIENVEILLANCE” avec mes omoplates, je démissionne. » Kamel, 41 ans, conducteur de tram à Strasbourg : « On voulait du bien-être, on a eu de la typographie humide. » Odile, 63 ans, gérante d’un gîte en Ardèche : « Moi je fais déjà “OK” avec le dos, mais uniquement pour éviter les clients. »
Dernier rebondissement : la campagne annonce une suite “plus inclusive”, avec des mots encore plus longs. Le ministère de la Culture a demandé une étude d’impact : on ne sait toujours pas si le bien-être passera par le yoga… ou par l’obligation nationale de former “RESPONSABILITÉ” en chaussettes antidérapantes.



