« Ce n’est plus une invasion, c’est un court-circuit civilisationnel », crache le professeur Norbert Voltige, entomologiste d’astreinte, avant une quinte sèche et un regard qui a connu Mai 68 et les machines à café défectueuses.
Dans le Var, un troisième foyer de fourmis dites “électriques” vient d’être détecté, et un traitement inédit a été autorisé pour limiter leur propagation. Une info minuscule. Donc un séisme. Évidemment.

Besoin de vous isoler du chaos ambiant ?
« Le silence, c'est le nouveau luxe. »
Découvrir →Sur le terrain, la préfecture a dégainé l’artillerie lourde. Réunion interministérielle, cartographie au centimètre, rubalise autour de trois brins d’herbe et d’un caillou “suspect”. On parle déjà d’un “périmètre de déstabilisation rampante”. Rien que le nom donne envie de remplir un Cerfa en position latérale de sécurité.
Le traitement “inédit”, lui, a fait lever un sourcil jusqu’à Bercy. Selon Colette Fiasco, directrice de l’Observatoire du Pire, l’innovation est surtout “procédurale” : 12 exemplaires, un tampon humide, et une notice de 38 pages expliquant comment tenir le pulvérisateur sans froisser la République. Un sondage du très sérieux Institut Panique & Détail indique que 62,8% des habitants du secteur ont déjà débranché un appareil par précaution, “au cas où la fourmi passerait par le Wi‑Fi”.
« Quand un insecte commence à porter un nom d’électricité, c’est que la nation est déjà en retard sur le compteur. »
La suite s’enchaîne, comme toujours. Les syndics exigent des prises de terre pour les jardinières. Un arrêté municipal recommande des chaussettes antistatiques “en contexte végétalisé”. Les compagnies d’assurance testent une option “piqûre émotionnelle” sur les contrats habitation. Et à la cantine de la mairie, on ne sert plus de sucre : trop de grains, trop de tentations, trop de logistique.
Dans la rue, ça tousse aussi. Lina, 19 ans, vendeuse de beignets à Fréjus : « Si ça pique et que ça crépite, moi je ferme le stand, hein. » Gérald, 44 ans, contrôleur de bus venu de Limoges : « J’ai vu des crises, mais une fourmi électrique… On n’était pas prêts. » Mireille, 63 ans, cheffe de chœur à Gap : « Ça commence par un nid, ça finit en concert a cappella dans le noir. »
Et pendant que tout le monde s’agite, l’autorisation du “traitement inédit” tombe : un spray, une fiche de suivi, et l’obligation de déclarer chaque pulvérisation dans un tableur. Au final, la seule chose réellement électrifiée dans le Var, c’est l’imprimante.



