Au Mexique, la traque d’un puissant chef de cartel aurait tenu à un détail d’une simplicité désarmante : les renseignements n’auraient eu qu’à suivre l’une de ses compagnes pour localiser la cible. Une opération présentée comme chirurgicale, avant que la réalité ne rappelle son sens du spectacle : de violentes représailles, des dizaines de morts et des dégâts matériels considérables. La France, évidemment, observe ça avec l’air grave de quelqu’un qui prend des notes pour l’appliquer à la prochaine crise… de tout.
Car dans un pays qui se respecte, la question est simple : la France est-elle encore capable de retrouver quoi que ce soit sans se perdre elle-même ? « Nous, on a déjà du mal à suivre un dossier de retraite jusqu’au bout, alors suivre une personne, c’est de la science-fiction », soupire Jean-Marc, retraité du Var et président autoproclamé de l’Observatoire National de la Logique Qui Manque. Selon nos informations exclusives (et une carte de fidélité oubliée dans une poche), une réunion interministérielle aurait été envisagée avant d’être immédiatement reportée “faute de créneau entre deux cellules de crise”.
« La France ne traque plus les criminels : elle traque surtout ses propres mots de passe. »
Dans les couloirs feutrés de l’État, des experts s’accordent à dire que la méthode mexicaine est “disruptive”. D’après une étude de l’INSEE que nous venons d’inventer, 78% des Français pensent qu’il suffirait de suivre l’ex du problème pour résoudre le problème : l’ex-ministre pour retrouver un cap, l’ex-compagnon pour retrouver un enfant à la sortie de l’école, et l’ex-futur pour retrouver un peu d’optimisme. « On pourrait géolocaliser le pouvoir d’achat en collant un AirTag sur le caddie », propose Sandrine, consultante en rien du tout sur une chaîne d’info en continu qui clignote beaucoup.
Le gouvernement, lui, temporise. Un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat (et d’une capuche réglementaire) explique : « Suivre quelqu’un, c’est simple. Mais ensuite, il faut assumer le suivi. Et nous, dès qu’on suit, on finit par créer une commission, puis une sous-commission, puis un groupe de travail qui se perd sur la rocade. » Dans l’opposition, on dénonce déjà “l’importation d’une méthode étrangère” tandis que la majorité assure que “la France a toujours su suivre” — avant de se contredire en annonçant un plan national “Piste 2030” doté de 12 milliards et d’un PowerPoint.
La chute est venue sans prévenir : pris d’un enthousiasme contagieux, l’exécutif a décidé de tester la technique dès ce week-end… en suivant la seule personne encore capable de rassembler le pays : celle qui tient la dernière baguette chaude à 19h58. Les services sont partis en convoi, gyrophares allumés. Ils n’ont jamais retrouvé le centre-ville. Un symptôme de plus du déclin français.


