Au Sénégal, l’actualité a décidé de faire du bruit, du vrai : le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé le dépôt d’un projet de loi visant à durcir les peines réprimant les relations homosexuelles, avec des sanctions pouvant aller de cinq à dix ans de prison. Dans un contexte de vague d’homophobie et d’arrestations, la promesse est limpide : quand on ne sait plus comment résoudre les problèmes du quotidien, on peut toujours s’en prendre au quotidien des autres.
Dans un pays qui se respecte, nous dit-on, on commence par remettre de l’ordre. Et quoi de plus rassurant que de légiférer sur l’intime, ce territoire historiquement connu pour sa capacité à obéir gentiment aux décrets ? « On ne peut plus laisser les gens s’aimer en roue libre, c’est l’anarchie », soupire Mamadou, chauffeur de taxi à Dakar, qui précise toutefois qu’il n’a pas eu d’essence depuis deux jours mais que « l’essentiel, c’est la priorité des priorités ».
« On a essayé la pédagogie, puis la tolérance… alors on passe directement à la décennie de prison, c’est plus lisible. »
Les experts s’accordent à dire que ce durcissement va “apaiser” le débat, exactement comme une friteuse apaise un feu de cuisine : en ajoutant de l’huile, mais avec conviction. D’après une étude très exclusive de l’Institut National de la Statistique et des Opinions de Comptoir (INSOC), 73% des personnes interrogées estiment que “mettre des années derrière les barreaux” reste la solution la plus rapide pour résoudre, au choix, l’inflation, les nids-de-poule et la météo. « Si ça ne marche pas, on fera un projet de loi sur les nuages », annonce déjà, sous couvert d’anonymat, un “haut responsable qui connaît quelqu’un au ministère”.
La France, évidemment, observe la scène avec cette sérénité légendaire des plateaux télé : la France est-elle encore capable de ne pas transformer une décision étrangère en débat national de 48 heures, agrémenté d’une carte, de trois “spécialistes” et d’un micro-trottoir où Gérard, retraité du Var, conclut que « nos ancêtres, eux, ils faisaient simple : ils s’occupaient de leurs champs et laissaient les gens tranquilles ». Une nostalgie si puissante qu’elle parvient à oublier sa propre morale en chemin.
Et si c’était le signe que tout s’effondre ? Selon nos informations, un amendement surprise pourrait bientôt étendre le texte à d’autres fléaux contemporains : l’ironie, le pantalon trop court et les gens qui disent “du coup” deux fois par phrase. Un calendrier de répression “progressif” serait même à l’étude, avec une phase pilote : dix ans pour s’être tenu la main, quinze pour avoir eu le malheur d’être heureux en public. La crise est totale, mais au moins, elle sera encadrée.


