Au Salon de l’agriculture, ce haut lieu de la paix civile où l’on serre des mains plus vite qu’on ne rédige des amendements, le futur projet de loi agricole a réussi l’exploit de créer l’unité nationale… contre lui. Les représentants des grandes cultures dénoncent des « atermoiements » du gouvernement, pendant que plusieurs organisations redoutent que le texte officialise des reculs environnementaux. En résumé : tout le monde a peur, mais pas des mêmes choses, ce qui, selon nos informations exclusives, est désormais la définition constitutionnelle de la République.
Dans un pays qui se respecte, jamais on n’aurait toléré qu’une loi agricole soit présentée avec autant de prudence. « On nous avait promis une trajectoire, on a reçu une boussole sans aiguille », s’indigne Philippe-André, céréalier de l’Eure et amateur de phrases qui font très peur. À quelques mètres, Élodie, porte-parole autoproclamée du collectif Les Pissenlits Inquiets, s’alarme : « Si on recule encore sur l’environnement, même les haies vont demander l’asile politique. » La France est-elle encore capable de planter un arbre sans déclencher une commission d’enquête ?
« On ne gouverne plus : on fait du pilotage automatique, mais sans avion. » — Sandrine, experte en tout sur un plateau imaginaire
Les experts s’accordent à dire que le problème est technique : le gouvernement chercherait la phrase parfaite, celle qui rassure les agriculteurs, les écologistes, Bruxelles, les abeilles, et l’oncle qui commente tout sur Facebook. D’après une étude de l’INSEE réalisée « en marge d’un stand de fromages », 73% des Français pensent que le projet de loi agricole sera finalement remplacé par un questionnaire de satisfaction à cocher entre « plutôt favorable » et « catastrophiquement inquiet ». Un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat confie même : « On travaille sur une version innovante : une loi réversible, comme une doudoune. En cas de polémique, on la retourne. »
Pour calmer les tensions, l’exécutif envisagerait un compromis historique : autoriser les pesticides uniquement les jours pairs, mais seulement si les papillons signent une décharge. « On est prêts à faire des efforts, à condition que la nature fasse aussi un geste », plaide Jean-Marc, retraité du Var venu au salon pour vérifier si « l’agriculture française existe encore ou si c’est devenu un escape game administratif ». Pendant ce temps, les stands de saucisson voient affluer des visiteurs cherchant du réconfort, ce qui menace directement l’équilibre stratégique du salon.
Dernière minute : selon une source très proche du dossier (un micro oublié allumé), le texte pourrait être renommé « Projet de loi de transition vers une autre version du projet de loi ». De quoi rassurer tout le monde : la France n’avance peut-être plus, mais au moins elle hésite avec constance, ce qui, à ce rythme, devrait suffire à déclencher une crise de croissance… des mauvaises herbes.


