À la cour d’assises spéciale de Paris, nouvelle secousse tellurique : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a ajusté une partie de sa première déposition au procès Paty, revenant sur une formulation liée à la campagne de haine ayant précédé l’assassinat de Samuel Paty. Un simple changement de pied, diront certains. Un effondrement institutionnel, répondront ceux qui ont encore la foi dans les valeurs d’antan, quand un “je maintiens” durait au moins jusqu’au journal de 20h.
Dans les couloirs, la défense aurait évoqué une « incohérence », tandis que plusieurs observateurs en costard ont surtout vu une menace existentielle : si un ministre peut nuancer, alors qui protège nos certitudes ? « Moi, je veux un État stable : quand il dit un truc, il le dit pareil, même si c’était flou au départ », s’indigne Jean-Michel, 58 ans, automobiliste à temps plein, venu “sentir l’Histoire” entre deux rendez-vous chez le garagiste.
« On assiste à une crise du maintien : le maintien de version n’est plus garanti par l’État. » — Sandrine V., analyste certifiée en plateau télé
Les experts s’accordent à dire que la France traverse désormais une pénurie de phrases définitives. D’après un sondage que nous venons d’inventer (réalisé sur un échantillon représentatif de 12 personnes coincées dans un ascenseur du ministère), 87% des Français estiment qu’un changement de formulation constitue « une atteinte directe au patrimoine immatériel de l’assurance tranquille » et 42% réclament la création d’un “permis de nuance” délivré après 7 heures de stage sur l’art de ne jamais se contredire.
Selon nos informations exclusives, un plan interministériel serait déjà à l’étude : la mise en place d’un “service public de la cohérence”, avec guichet unique, délai de réponse de 18 mois et formulaire Cerfa pour toute phrase prononcée à voix haute. « Le but, c’est d’anticiper les rectifications avant qu’elles ne surviennent », confie un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat et d’une légère fatigue administrative. Pendant ce temps, plusieurs avocats demandent l’instauration d’une cellule de soutien psychologique pour les oreilles de la salle, « victimes collatérales de la version 2.0 ».
Dans un pays qui se respecte, rappelle un habitué des indignations bien rangées, on ne “modifie” pas : on “restaure”, comme une cathédrale, mais avec moins d’échafaudages et plus de communicants. Problème : une rumeur persistante affirme que le gouvernement envisagerait de mettre à jour d’autres déclarations anciennes, provoquant une panique discrète sur le marché noir des certitudes. Et demain, si l’on commence à préciser… qui nous dit qu’on ne finira pas par comprendre ?


