Limoges, Dijon, Grenoble et Reims ont vécu ce week-end un moment historique : l’ouverture de corners Shein dans plusieurs BHV… sans la foule. Une absence de cohue d’autant plus spectaculaire que ces inaugurations avaient été reportées après un scandale lié à des poupées enfantines au contenu illégal, épisode que tout le monde assure avoir « géré », c’est-à-dire rangé dans une boîte intitulée On en reparle jamais.
Sur place, l’ambiance rappelait les grandes heures de la France d’avant, celle où l’on allait en magasin pour acheter un objet, le toucher, le payer, puis regretter. « J’étais venu pour l’effervescence, la transe consumériste, la cohésion nationale autour d’un tote bag à 1,99 € », souffle Bertrand, 42 ans, responsable adjoint d’un rayon qui n’existe plus. « Finalement j’ai eu le temps de comparer les étiquettes. Ça m’a fait peur. »
« On a senti le vide : pas un bousculé, pas une panique, pas même une promo qui déclenche une émeute. La France est-elle encore capable de faire la queue ? » — Nadège, spécialiste autoproclamée du déclin à la sortie du BHV
Selon un sondage exclusif réalisé à la sortie automatique d’un parking souterrain, 73% des Français estiment que « l’absence d’affluence » est désormais le premier indicateur d’effondrement civilisationnel, juste devant « les chaussettes orphelines » et « l’impossibilité de trouver un stylo qui marche ». Un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat évoque même un plan gouvernemental baptisé Opération Bousculade : « L’objectif est simple : recréer artificiellement des files d’attente pour redonner du sens. On hésite entre distribuer des tickets numérotés et lâcher un influenceur dans l’escalator. »
Dans les quatre villes, les équipes tentent de sauver ce qui peut encore l’être : un micro-trottoir, un ruban d’inauguration, un applaudissement poli. « On a sorti les ballons, la musique, et même un discours sur le “retour du dynamisme en région” », raconte Mireille, 58 ans, vendeuse de mémoire collective. « Mais le public ne venait pas. À un moment, j’ai applaudi toute seule. J’ai eu l’impression d’être une réforme. »
Et si le vrai drame était ailleurs ? Selon nos informations exclusives, la prochaine étape consisterait à inaugurer des corners… dans des magasins déjà vides, pour gagner du temps sur la déception. Bercy envisagerait même une taxe exceptionnelle sur l’enthousiasme, afin de financer des figurants chargés de crier « j’en prends deux ! » devant les cabines d’essayage. Car dans un pays qui se respecte, on ne peut pas laisser une ouverture de magasin se dérouler dans le calme : ce serait reconnaître que tout va mal, tranquillement.


