Lyon, Paris : la semaine aura offert un grand moment de pédagogie nationale. Une marche en hommage à Quentin Deranque s’est retrouvée couverte comme un événement majeur, pendant qu’à l’Assemblée nationale, une minute de silence venait rappeler que la violence politique n’est plus seulement un sujet de société, mais un rendez-vous régulier, comme la météo ou les grèves SNCF. Dans un pays qui se respecte, on aurait appelé ça une alerte. Ici, on appelle ça “l’actualité”.
Selon nos informations exclusives, les chaînes d’info envisagent désormais un habillage dédié : “Banalisation – édition spéciale”, avec musique grave, bandeau rouge permanent, et un consultant capable d’expliquer en trois minutes que “tout le monde exagère” tout en hurlant très fort. “On veut simplifier le parcours du téléspectateur : il doit pouvoir passer du fait divers à l’effondrement des valeurs en moins de dix secondes”, confie Jean-Baptiste, régisseur plateau et survivant de 14 débats sur le déclin en une seule journée.
“La France est-elle encore capable de s’indigner sans prendre rendez-vous ?”
Les experts s’accordent à dire que la normalisation avance à grande vitesse, notamment parce qu’elle bénéficie d’infrastructures modernes : plateaux chauffés, micros ouverts, indignation à la demande. D’après une étude de l’INSEE (réalisée sur un coin de table dans un couloir de l’Assemblée), 73% des Français déclarent “ne plus savoir si c’est grave” mais 92% affirment “avoir un avis très tranché” dans les 30 secondes. “Avant, on avait peur du futur ; maintenant, on le commente en direct”, soupire Monique, 62 ans, qui regarde l’actualité comme on regarde une série : avec la télécommande prête à zapper quand ça devient trop réel.
Dans les couloirs du Palais-Bourbon, un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat assure que la minute de silence pourrait bientôt être optimisée : “On travaille sur un format court, 20 secondes, pour gagner en productivité démocratique.” Objectif affiché : caser trois minutes de silence avant le déjeuner tout en maintenant le calendrier parlementaire, déjà chargé entre la réforme du bon sens et la loi sur le retour des valeurs d’avant-hier.
Et comme la France ne fait jamais les choses à moitié, un projet pilote aurait été lancé : un “pass Normalité” permettant de cumuler des points à chaque hausse de ton, chaque amalgame approximatif et chaque débat où personne n’écoute personne. La récompense ? Une remise sur une prochaine indignation. Ce que le gouvernement ne vous dit pas, c’est qu’à ce rythme, la minute de silence pourrait bientôt être remplacée par une minute d’applaudissements… pour “la stabilité” retrouvée.


