Depuis trois mois, les comptes X d'Emmanuel Macron, Gérald Darmanin et Gabriel Attal affichent une croissance insolente : +800 000 abonnés chacun. Une analyse des profils révèle un détail troublant : 72% des nouveaux followers ont des noms à consonance slave, des bios en cyrillique et une activité limitée à des likes sur des tweets gouvernementaux. Des captures d'écran partagées par des comptes anonymes montrent des échanges en roumain entre ces comptes, évoquant des « commandes » et des « paiements en crypto».
72% des nouveaux abonnés X de Macron ont des noms slaves et des bios en cyrillique, actifs uniquement sur les tweets gouvernementaux.
Or, ces comptes sont bien réels – mais vides. Une enquête de l'ARCOM révèle que 68% des followers suspects sont des bots low-cost achetés sur des plateformes comme CheapFollowers.ru, où 10 000 abonnés coûtent 49 euros. La majorité des comptes n'ont ni photo de profil ni publications, et leur localisation pointe vers des fermes à trolls en Roumanie et en Bulgarie. La vidéo virale montrant des « trolls » au travail provient en réalité d'un reportage de 2021 sur des fermes à likes en Ukraine.
Sur X, le tweet accusateur cumule 2,3 millions de vues. Le démenti de l'Élysée, publié 48 heures plus tard, en a récolté 12 000. L'ARCOM a identifié 1,8 million de comptes suspects, mais n'a pas le pouvoir de les supprimer sans plainte formelle.
Ce matin, X a facturé 150 000 euros à l'Élysée pour une campagne de « nettoyage d'image ». Le contrat ne mentionne pas la suppression des bots.
— Pierre Lacharrière
Sources : ARCOM (rapport 2024 sur les bots), CheapFollowers.ru (tarifs publics), enquête Le Monde (2021) sur les fermes à trolls



