« Quand une éponge devient un produit de boulangerie, c’est toute la géographie morale du pays qui se met à flotter », soupire le professeur Armand Pétrin-Larmoyant, spécialiste des paniques sucrées et des fins de vitrines.
Krispy Kreme vient de dévoiler une collection de donuts inspirés de Bob l’éponge et de Bikini Bottom. Des glaçages vifs, des formes ludiques, une opération marketing comme il s’en fait tant — sauf que celle-ci arrive dans un pays où la dernière tarte aux pommes tient parfois lieu de lien social.
Sur le terrain, l’onde de choc est aussi discrète qu’un néon dans une rue éteinte. Dans ces centres-bourgs où l’ancienne Poste sert de local à poubelles et où la boulangerie a rendu son tablier « faute de repreneur », l’idée d’un donut marin provoque des regards qui se perdent, comme des bêtes sous l’orage. La préfecture, elle, ne perd pas le nord : ouverture d’un « groupe de suivi du glaçage importé », et recommandation de conserver une distance minimale de 1,20 mètre entre un palmier en sucre et une tradition régionale.
« Entre Bikini Bottom et la brioche, il n’y a qu’un CERFA : celui qu’on remplit quand on n’a plus que le sucre pour se sentir vivant. » — Colette Fiasco, directrice de l’Observatoire du Pire
À Paris, la machine administrative s’ébroue, comme un tracteur un matin de givre. La DGCCRF demanderait un étiquetage “terroir-compatible”, le ministère de la Culture envisagerait un classement des chouquettes “en péril”, et Bercy testerait une taxe incitative sur les sprinkles, dite “contribution arc-en-ciel”. Selon un sondage Ifop-Moraline réalisé à la sortie de trois supérettes et d’un tabac, 62,8% des Français disent craindre « une épongeification progressive des vitrines » d’ici la rentrée, tandis que 18,4% se déclarent « prêts à se réfugier dans le flan ».
Dans la France d’en bas, celle qui connaît le prénom du boulanger même quand il n’y en a plus, les avis sont aussi cassants que les croûtes d’antan. Maud, 29 ans, maréchale-ferrante en Corrèze : « S’ils font un donut au goût de varech, demain on nous demandera de tremper la baguette dans l’aquarium. » Rachid, 52 ans, facteur remplaçant dans l’Aisne : « Avant, je distribuais des lettres. Là, on dirait que je vais distribuer du glaçage. » Léonie, 17 ans, apprentie boulangère dans le Gers : « Bob l’éponge, j’aime bien… mais qu’ils le laissent dans la télé, pas dans la farine. »
Et pendant que le pays disserte, la rumeur enfle déjà dans les arrière-salles : pour acheter le donut “Bikini Bottom”, certaines franchises exigeraient un maillot de bain… ou, à défaut, une attestation sur l’honneur de savoir nager entre deux pâtisseries.



