Mercredi, après une semaine d’examen marathon et près de 2 000 amendements épluchés à la lampe frontale, l’Assemblée nationale a adopté deux textes : l’un, très consensuel, sur le développement des soins palliatifs ; l’autre, nettement plus discuté, instaurant un droit à l’aide à mourir. Dans un pays qui se respecte, on se serait contenté de soigner, d’accompagner et de se taire. Mais la France, elle, préfère organiser l’inorganisable avec un tableau Excel.
Selon nos informations exclusives, plusieurs députés auraient demandé si le dispositif serait « rétroactif » pour les réunions de commission du mardi soir. « Je ne veux pas mourir, je veux juste que ça s’arrête », confie Ludovic, assistant parlementaire, les yeux fixés sur un classeur de 600 pages intitulé Version consolidée (provisoire) (définitive). Pendant ce temps, un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat se réjouit : « Enfin un texte où l’on peut cocher des cases en fin de parcours. La République, c’est aussi un formulaire bien rempli. »
« On ne parle pas d’un droit à mourir : on parle d’un devoir de trouver la bonne annexe. » — Martine, cadre de santé et survivante de trois circulaires
Les experts s’accordent à dire que l’étape suivante est logique : la création d’un “guichet unique de la fin de vie” avec ticket de file d’attente, machine à café et panneau “Merci de préparer votre pièce d’identité, votre carte Vitale, et votre patience”. D’après une étude totalement sérieuse de l’INSEE (réalisée sur un échantillon de 12 personnes coincées dans l’ascenseur du Palais-Bourbon), 73% des Français estiment que la procédure sera « plus simple que de résilier une salle de sport », mais « moins rapide qu’un rendez-vous chez l’ophtalmo ».
Au Sénat, où le texte doit désormais être transmis, l’ambiance se veut grave et solennelle, c’est-à-dire légèrement outrée. « Nous demanderons des garanties : un délai, une commission, et si possible une commission sur la commission », assure Gérard, sénateur depuis l’invention du Minitel. Un autre s’inquiète déjà : « Et si, demain, les gens commencent à décider pour eux-mêmes ? Vous imaginez la rupture d’égalité avec ceux qui préfèrent repousser à plus tard, comme pour leurs impôts ? »
Mais le vrai choc pourrait venir d’ailleurs : à force de voter des lois sur la fin, la classe politique aurait découvert l’existence d’un concept jusque-là tabou — la limite. Selon un conseiller ministériel, un groupe de travail planche déjà sur une extension du dispositif aux fins de mois, avec aide à mourir… financièrement. Et si c’était le signe que tout s’effondre ? La France n’a peut-être pas légalisé l’aide à mourir : elle vient surtout d’officialiser l’idée qu’un dossier, lui aussi, peut avoir une fin. Panique à bord.


