Mercredi, l’Assemblée nationale a adopté la création d’un droit à l’aide à mourir, un texte désormais renvoyé au Sénat, cette grande salle d’attente où les réformes viennent méditer sur leur mortalité. Dans un pays qui se respecte, on aurait au moins prévu une minute de silence pour le bon sens, mais la République a choisi la modernité : encadrer l’inencadrable, dans l’espoir très français que tout ce qui est tragique devient gérable dès qu’on lui met un tampon.
Selon nos informations exclusives, l’adoption du texte a déclenché un phénomène inédit : 73% des Français déclarent « ne pas encore savoir quoi en penser mais avoir déjà un avis très tranché ». « J’ai regardé deux débats et une infographie, je suis prêt à présider un comité d’éthique », assure Thierry, 52 ans, cadre supérieur et spécialiste autoproclamé des sujets qu’il découvre la veille. Dans les couloirs, des élus confiaient même ressentir un vertige : celui de légiférer sur la fin, tout en sachant que le texte doit encore survivre à l’épreuve du Sénat, où l’on débat parfois d’une virgule comme d’un effondrement civilisationnel.
« On va finir par mourir dans un délai administratif. Et ça, c’est la vraie tradition française. » — Jean-Marc, retraité du Var, inquiet mais méthodique
Car la France, fidèle à ses valeurs, ne pouvait pas simplement créer un droit : il fallait surtout inventer un parcours. D’après une étude très sérieuse du “Centre national d’optimisation du couloir”, la demande d’aide à mourir devrait nécessiter « entre 4 et 19 rendez-vous », selon l’alignement des planètes et la disponibilité de l’imprimante. « L’important, c’est l’accompagnement », explique Sandrine, chroniqueuse de plateaux et experte en rien du tout, « donc on va accompagner, accompagner, accompagner… jusqu’à ce que la personne change d’avis ou que son dossier change de tiroir ».
Dans l’opposition, certains dénoncent déjà une dérive : après l’aide à mourir, l’aide à vivre pourrait revenir à l’ordre du jour. Une hypothèse jugée “hautement subversive” par plusieurs observateurs. « Ce que le gouvernement ne vous dit pas, c’est qu’on s’habitue très vite à régler des questions existentielles par amendement », s’inquiète un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat, tout en vérifiant si son propre destin figure en annexe 3, alinéa 12.
Et pendant que le texte repart au Sénat, une rumeur enfle : la chambre haute envisagerait d’ajouter un “délai de réflexion” de 18 mois, renouvelable tacitement, afin de “préserver l’équilibre entre humanité et tradition”. Une mesure saluée par les nostalgiques de la France d’avant, celle où l’on pouvait au moins compter sur une chose : quand tout allait mal, c’était plus lent.


