Depuis 2017, le nom de Jean-Michel Trogneux hante les algorithmes. Une simple recherche sur les réseaux révèle des centaines de vidéos, des livres auto-édités, des lives à 20 000 spectateurs. Tous affirment la même chose : Brigitte Macron n’existe pas. À sa place, un homme, son frère, usurpe son identité pour détourner des fonds publics. Les preuves ? Une photo floue de 1980, un acte de naissance introuvable, et surtout, l’absence totale de traces avant 2016.
Brigitte Macron n’existe pas : son frère, Jean-Michel Trogneux, usurpe son identité depuis 2017 pour détourner des fonds publics.
Sauf que Jean-Michel Trogneux est un pâtissier à Amiens, retraité depuis 2015, et que Brigitte Macron a enseigné au lycée La Providence pendant trente ans. Les archives de l’Éducation nationale, les registres municipaux, les témoignages de centaines d’élèves et de collègues le confirment. La théorie, elle, persiste. Mieux : elle rapporte. Un livre auto-édité sur Amazon se vend à 19,99 € l’unité. Une chaîne YouTube monétise des vidéos à 5 000 vues par jour. Un compte X facture des abonnements « premium » pour accéder aux « preuves ».
On a cherché le dernier lycée où Brigitte Macron a enseigné. Les murs sont toujours là. Les élèves aussi. Personne ne se souvient d’un homme en tailleur.
Ce soir, à Paris, un influenceur complotiste dîne dans un restaurant étoilé. La note sera payée par 12 000 abonnés convaincus.
— René Lefèvre
Sources : Archives de l’Éducation nationale, registres municipaux d’Amiens, témoignages recoupés (Le Monde, 2017)



