Huit ans. C’est le temps qu’il aura fallu au Brésil pour regarder l’assassinat de Marielle Franco en face et, mercredi, condamner deux figures politiques — l’ancien député fédéral Chiquinho Brazão et son frère Domingos — reconnus coupables d’avoir commandité le crime. Dans un pays qui se respecte, la justice finit par passer. Dans un pays en crise permanente, elle passe surtout quand elle retrouve le dossier sous une pile de “priorités urgentes” datant de 2019.
Selon nos informations exclusives, cette décision historique a immédiatement provoqué un séisme institutionnel : des responsables politiques auraient découvert qu’“être élu” ne confère pas l’immunité contre la réalité. “J’ai cru que la démocratie, c’était surtout des rubans, des inaugurations et des photos avec des ciseaux”, confie Lúcio, attaché parlementaire de quatrième génération, en fixant le vide avec la gravité d’un homme qui vient de perdre ses repères et son badge VIP.
“Si on commence à condamner des commanditaires, demain on va exiger des comptes… et après-demain on va vouloir des programmes.”
Les experts s’accordent à dire que la situation est “gravissime”. Une étude très sérieuse de l’Institut National de la Statistique Approximative (INSA) révèle que 94% des démocraties ayant appliqué la loi ont ensuite souffert d’effets secondaires inquiétants : transparence, enquêtes, et parfois même une baisse de la langue de bois. “On joue avec le feu”, alerte Soraya P., analyste politique invitée permanente sur une chaîne d’info fictive. “Aujourd’hui on condamne, demain on respecte les minorités, et lundi on se met à écouter les citoyens : c’est l’escalade.”
Dans les rues, l’inquiétude monte. Des groupes de soutien à l’ordre établi réclament un moratoire sur la justice, le temps de “réinstaller des traditions”. “Avant, on savait à quoi s’en tenir : on dénonçait, on pleurait, on oubliait, et on passait à autre chose”, soupire Jean-Marc, retraité français du Var venu donner des leçons de stabilité internationale, parce que la mondialisation, c’est aussi ça : exporter son pessimisme.
Ce que le gouvernement ne vous dit pas, c’est que cette condamnation pourrait créer un précédent. Et au Brésil comme ailleurs, un précédent, c’est un futur en marche. Déjà, certains redoutent l’étape suivante : des procès qui aboutissent avant que les témoins ne prennent leur retraite. À ce rythme, la démocratie risque de devenir fonctionnelle par accident — et là, vraiment, personne n’est prêt.


